Le site dédié à l'autre Moyen-Age
Gilles Granon forgeron de village vous invite à l’évocation des arts majeurs des “vieux métiers”.
Il anime avec carisme sa forge médiévale et vous entraîne vers les traditions et le savoir du feu dompté, une histoire vivante, des hommes et de la terre.
La Forge des Ventres Noirs Moulin de Parayre, 12440 Lescure-Jaoul
Contact téléphonique : Gilles Granon 05 65 65 79 21
Dernière mise à jour : 2011-09-16 19:56:55
Relier l’homme, le feu et la matière brute sur son socle chtonien.
Relier l’homme à sa capacité créative et productive.
Relier les pages de son histoire pour ne pas oublier le Savoir.
On les appelle Bouche noire, comme en breton Per ar Beg Du, c’est-à-dire « Pierre la Bouche noire », traditionnel dans une partie de la Cornouaille.
” Le bras sur un marteau gigantesque, effrayant
D’ivresse et de grandeur, le front vaste, riant
Comme un clairon d’airain, avec toute sa bouche,
Et prenant ce gros-là dans son regard farouche,
Le Forgeron parlait à Louis Seize, un jour
Que le Peuple était là, se tordant tout autour,
Et sur les lambris d’or traînant sa veste sale.
Or le bon roi, debout sur son ventre, était pâle,
Pâle comme un vaincu qu’on prend pour le gibet,
Et, soumis comme un chien, jamais ne regimbait,
Car ce maraud de forge aux énormes épaules
Lui disait de vieux mots et des choses si drôles,
Que cela l’empoignait au front, comme cela ! ”
Arthur RIMBAUD
“LE FORGERON”
Sur la route, près des labours,
Le forgeron énorme et gourd,
Depuis les temps déjà si vieux, que fument
Les émeutes du fer et des aciers sur son enclume,
Martèle, étrangement, près des flammes intenses,
A grands coups pleins, les pâles lames
Immenses de la patience.
Tous ceux du bourg qui habitent son coin,
Avec la haine en leurs deux poings,
Muette,
Savent pourquoi le forgeron
A son labeur de tâcheron,
Sans que jamais
Ses dents mâchent des cris mauvais,
S’entête.
Mais ceux d’ailleurs dont les paroles vaines
Sont des abois, devant les buissons creux,
Au fond des plaines ;
Les agités et les fiévreux
Fixent, avec pitié ou méfiance,
Ses lents yeux doux remplis du seul silence.
Le forgeron travaille et peine,
Au long des jours et des semaines.
Dans son brasier, il a jeté
Les cris d’opiniâtreté,
La rage sourde et séculaire ;
Dans son brasier d’or exalté,
Maître de soi, il a jeté
Révoltes, deuils, violences, colères,
Pour leur donner la trempe et la clarté
Du fer et de l’éclair.
Son front
Exempt de crainte et pur d’affronts,
Sur des flammes se penche, et tout à coup rayonne.
Devant ses yeux, le feu brûle en couronne.
Ses mains grandes, obstinément,
Manient, ainsi que de futurs tourments,
Les marteaux clairs, libres et transformants
Et ses muscles s’élargissent, pour la conquête
Dont le rêve dort en sa tête.
Il a compté les maux immesurables :
Les conseils nuls donnés aux misérables ;
Les aveugles du soi, qui conduisent les autres ;
La langue en fiel durci des faux apôtres ;
La justice par des textes barricadée ;
L’effroi plantant sa corne, au front de chaque idée ;
Les bras géants d’ardeur, également serviles,
Dans la santé des champs ou la fièvre des villes ;
Le village, coupé par l’ombre immense et noire
Qui tombe en faulx du vieux clocher comminatoire ;
Les pauvres gens, sur qui pèsent les pauvres chaumes,
Jusqu’à ployer leurs deux genoux, devant l’aumône ;
La misère dont plus aucun remords ne bouge,
Serrant entre ses mains l’arme qui sera rouge ;
Le droit de vivre et de grandir, suivant sa force,
Serré, dans les treillis noueux des lois retorses :
La lumière de joie et de tendresse mâle,
Eteinte, entre les doigts pincés de la morale ;
L’empoisonnement vert de la pure fontaine
De diamant, où boit la conscience humaine
Et puis, malgré tant de serments et de promesses,
A ceux que l’on redoute ou bien que l’on oppresse,
Le recommencement toujours de la même détresse.
Le forgeron sachant combien
On épilogue, autour des pactes,
Depuis longtemps, ne dit plus rien :
L’accord étant fatal au jour des actes ;
Il est l’incassable entêté
Qui vainc ou qu’on assomme ;
Qui n’a jamais lâché sa fierté d’homme
D’entre ses dents de volonté ;
Qui veut tout ce qu’il veut si fortement,
Que son vouloir broierait du diamant
Et s’en irait, au fond des nuits profondes,
Ployer les lois qui font rouler les mondes.