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Jusqu’au XIXe siècle, les descendants de Charlemagne s’appelaient Carolingiens ou Carlovingiens, cette dynastie qui régna en France depuis 751 jusqu’au Xe siècle remonte à saint Arnould, illustre ancêtre, évêque de Metz (582–640).
Statuette (environ 15 cm) en or représentant Charlemagne, posé sur un lys (partie sommitale du sceptre de Charles V. Anciennement au trésor de Saint-Denis – Musée du Louvre, Inv. n° MS 83
Dernière mise à jour : 2012-05-17 17:34:43
Bibliothèque d’état de Berlin.
L’origine de la lignée carolingienne remonte à l’alliance maritale des Arnulfiens et des Pépinides vers 630. Ansegisel fils d’Arnoul de Metz et Begge d’Andenne fille de Pépin de Landen scellent maritalement cette alliance. Ils ont un fils, Pépin de Herstal, lui-même père de Charles Martel et grand père de Pépin le Bref lequel deviendra le premier roi de la dynastie carolingienne le 28 juillet 754.
La puissance acquise par Pépin de Herstal ajoutée à son héritage maternel fut à l’origine de l’accession à la royauté de sa descendance avec Pépin le Bref en 751.
À partir de Charles Martel, les Arnulfiens issus des Pépinides sont nommés Carolingiens.
Les Pippinides détiennent pendant plusieurs générations, la charge de maire du palais sous le règne des souverains mérovingiens d’Austrasie. Au fur et à mesure de la désagrégation du pouvoir de la dynastie mérovingienne, durant la période dite des “rois fainéants”, les maires du palais pippinides accroissent leur pouvoir. Déjà Pépin de Herstal, puis Charles Martel dirigeaient de façon quasi autonome la politique du royaume, tels des souverains, mais sans le titre. Ainsi, ils nommaient les ducs et les comtes, négociaient les accords avec les pays voisins, dirigeaient l’armée, étendaient le territoire du royaume (notamment en Frise) et allaient même jusqu’à choisir le roi mérovingien.
La zone d’influence des Pippinides sera le territoire favori des Carolingiens : région de Liège (Herstal et Jupille), Aix-la-Chapelle et Cologne.
Quelques cartes de l’époque.
En 741, Charles Martel, maire du palais auprès des rois mérovingiens qui avait sauvé le royaume des Francs, meurt. Il laisse deux fils, Carloman et Pépin le Bref. Se qualifiant de dux et princeps Francorum, duc et prince des Francs, ils vont assumer la fonction de maire du palais.
En 745, Pépin le Bref soumet l’Alémanie au mépris du partage de 741 qui avait attribué cette région à son frère. L’année suivante, Carloman organise une expédition et fait massacrer les chefs francs et Alamans qui s’étaient soumis à son frère. Selon Jörg Jarnut, historien médiéviste, et Gunther Wolf à la suite de ce massacre, les fidèles de Carloman auraient abandonné leur chef qui se serait trouvé isolé et n’aurait eu d’autre choix que de se retirer dans un monastère de Lombardie en 747. Lors d’un passage à Rome, il demande la cléricature au Pape Zacharie. Il renonce au pouvoir politique laissant son frère seul régner et fonde le monastère du Mont Soracte en Italie puis se retire à l’abbaye du Mont-Cassin.
Son fils Drogon, lui succède, mais finit par être écarté du pouvoir par son oncle Pépin le Bref.
Pépin le Bref a donc le champs libre pour exercer son pouvoir et développer sa stratégie, il cherche à obtenir l’appui du pape et de l’aristocratie. Il posera ensuite une habile question au pape Zacharie : «les rois n’exercent plus le pouvoir dans notre royaume, est-ce un bien ou un mal ?» Ce dernier lui répondra qu’il vaut mieux appeler roi celui qui exerce le pouvoir véritablement afin que l’ordre ne soit pas troublé.
En novembre 751, Pépin dépose donc Childéric III, puis se fait élire roi des Francs, au champ de mai à Soissons. En se faisant acclamer par une assemblée d’évêques, de nobles et de leudes (grands du royaume), Pépin devient donc le premier représentant de la dynastie carolingienne. Cette élection se passe, pour une fois, sans effusion de sang. Après avoir été déposé, Childéric III est tonsuré (il perd les cheveux longs, signe de pouvoir et de liberté chez les Francs) et va finir ses jours, enfermé au monastère de Saint-Bertin, près de Saint-Omer.
À Soissons, l’évêque Boniface, son conseiller diplomatique, sacre Pépin au nom de la Sainte Église catholique. Le sacre est la nouveauté qui est apporté par les Carolingiens, reprit de l’Ancien Testament où Saül est enduit du Saint Chrème par Samuel puis à sa suite David. Sacre déjà reprit par les Wisigoth en Espagne un siècle plus tôt. Le roi est alors Nouveau David, à la foi roi et prophète, ce qui mènera à la Théocratie royale puis impériale de Charlemagne, le gouvernement des hommes par le père terrestre à l’image du père céleste, le pouvoir spirituel et temporel en un seul homme à la foi évêque de l’intérieur et de l’extérieur.
Son frère Carloman, envoyé en France en 754 pour une mission de paix, meurt à Vienne en Dauphiné.
Carloman a été canonisé, sous le nom de saint Carloman.
Charles Martel par Jean-Baptiste Joseph Debay (1802–1862).
Galerie du château de Versailles.
Né vers 690, † le 22 octobre 741 à Quierzy-sur-Oise, fut duc d’Austrasie, puis maire du palais de 717 à 741 et “souverain” de facto du royaume des Francs (dux et princeps Francorum, duc et prince des Francs). Il est fils de Pépin de Herstal, (maire du palais d’Austrasie et contrôlant les royaumes de Neustrie et de Bourgogne), et de sa seconde épouse Alpaïde (et non une concubine comme l’affirmeront des textes du IXe siècle défavorables aux Carolingiens et à une époque où la monogamie devient la règle).
Il est également le grand-père paternel de Charlemagne.
Selon une certaine légende, il serait peut-être né à Andenne, ville francophone de Belgique située en Région wallonne dans la province de Namur.
Prise du pouvoir difficile.
À la mort en 714 de Pépin de Herstal dit Pépin le Jeune, son fils Charles (appelé Charles Martel plus tard) fut tout désigné pour reprendre la charge de maire du palais qu’occupait le défunt, ses deux demi-frères Drogon de Champagne et Grimoald II étant eux aussi morts. Mais aux yeux de Plectrude, la première épouse de Pépin de Herstal, Charles était considéré comme un enfant illégitime parce que né d’Alpaïde, une autre uxor nobilis et elegans (épouse noble et élégante) que Pépin avait prise bien qu’étant déjà marié. Plectrude fit donc tout pour l’écarter du pouvoir et préserver l’avenir de son petit-fils Théodebald (ou Thibaut, Thiaud), le fils de Grimoald II, âgé de six ans à peine, et l’héritier légitime. Elle fit donc enfermer Charles.
Mais c’était sans compter sur l’opinion des différentes provinces du Royaume, qui n’acceptèrent pas de voir une femme les diriger. Les révoltes commencèrent alors à éclater, d’abord en Neustrie en 715, lorsque Rainfroi (Rainfroy ou Ragenfred), maire du palais de Neustrie, battit l’armée de Plectrude en forêt de Cuise, et mena ses troupes jusqu’aux abords de la Meuse. Ce fut ensuite le peuple du Nord de l’Italie qui se souleva et se rallia à la Neustrie. Puis ce fut au tour des Saxons et des Austrasiens …
C’est à ce moment que Charles parvint à s’évader (715), et à prendre la tête des révoltés d’Austrasie. Il dut tout d’abord affronter les Neustriens de Chilpéric II et de Rainfroi. Après deux batailles victorieuses (Amblève – 716, Vinchy – 21 mars 717), il les repoussa jusqu’à Paris. Puis il se dirigea vers Cologne, que Plectrude avait choisie pour s’installer avec son petit-fils. Celle-ci n’eut d’autre option que de reconnaître sa défaite et de livrer la mairie d’Austrasie à Charles.
Pacification du Royaume franc.
Aussitôt au pouvoir, Charles opéra de grands changements dans son entourage, installant sur le trône d’Austrasie Clotaire IV, et renvoyant Rigobert, l’évêque de Reims favorable à Plectrude … Puis, petit à petit, il essaya de reprendre le contrôle de tout le Royaume franc, mais il dut à nouveau affronter la Neustrie. Il réussit à vaincre Rainfroi qui s’était pourtant allié avec le duc Eudes de Gascogne. Le 14 octobre 719, il remporta sur eux une première victoire à Néry, entre Senlis et Soissons, puis à Orléans.
Il entreprit également de repousser la frontière de l’Est du Royaume. De 720 à 738, il conquit ainsi, l’Autriche et le Sud de l’Allemagne. En 734, à la bataille de la Boarn (Boorne), les Frisons commandés par le Roi Poppo (674–734) furent mis en défaite par les Francs, qui conquirent la partie Occidentale des Pays-Bas jusqu’à la Lauwers.
À la mort de Clotaire IV en 719, il fut tout de même obligé de remettre sur le trône Chilpéric II. Mais celui-ci mourut en 721. Charles appela alors le fils de Dagobert III, Thierry IV, retiré à l’abbaye de Chelles, et l’installa sur le trône.
Arrêt de la conquête musulmane
En 732, il affronta les armées omeyyades du gouverneur (émir) d’Al-Andalus Abd el Rahman. En effet, depuis 711, les Arabes occupaient la péninsule ibérique, et poursuivaient progressivement leur avancée vers le nord, au-delà des Pyrénées, si bien qu’à partir de 725, ayant déjà conquis le Languedoc, ils s’emparèrent de la vallée du Rhône, mettant à sac la ville d’Autun (le 22 août 725), et assiègeant sans succès, en territoire franc, la ville de Sens.
Suite à l’intervention du duc d’Aquitaine, Eudes, qui les arrêta une première fois à Toulouse, en 721, les premières tentatives furent repoussées. Fort de sa victoire, le duc d’Aquitaine voulut prévenir le retour des musulmans d’Espagne en s’alliant à Munuza, gouverneur berbère et musulman de la Septimanie. Munuza était en révolte contre ses coreligionnaires d’Espagne. Eudes lui donna sa fille en mariage. Mais Munuza fut tué en affrontant le gouverneur d’al-Andalus Abd el-Rahman qui, dans la foulée, lança une expédition punitive contre les Aquitains. Il engagea donc en 732 une double offensive en Aquitaine, du côté de la Gascogne, et dans la vallée du Rhône.
Cette fois, le duc Eudes ne put les arrêter seul, et demanda à Charles de venir à son aide. Le 19 octobre 732, les armées de Charles et du duc réunies faisaient face à la razzia à Moussais, sur l’actuelle commune de Vouneuil-sur-Vienne, entre Tours et Poitiers. Charles fit tout pour éviter l’affrontement mais encouragea le pillage aux alentours, ce qui eut pour double effet de saturer de butin les Sarrasins les rendant moins mobiles et cupides. Après six jours d’observation, la bataille s’engagea le 25 octobre et fut assez brève. Charles tua leur chef Abd el-Rahman, ce qui décida les troupes sarrasines à prendre le chemin du retour. Selon d’autres sources, Abd el-Rahman n’aurait pas été tué à la bataille de Poitiers mais aurait simplement reflué vers ses bases arrières de Narbonne. Poursuivi par les troupes franques de Charles Martel, il aurait été tué et son armée exterminée à Loupchat au pied de la falaise du Sangou, dans le Lot, en 733.
Selon certains auteurs, c’est suite à cette victoire que Charles fut surnommé Martel, puisqu’il avait violemment écrasé les troupes “mahométanes” tel un marteau. Le marteau d’armes étant aussi une arme de combat. Certaines sources historiques mentionnent que son surnom était dû au fait qu’il martelait les têtes, à l’aide de sa lourde épée, du haut de son cheval. Selon d’autres, profitant de l’affaiblissement du duc Eudes, il s’empare des évêchés de la Loire puis descend dans le Midi qu’il saccage consciencieusement et d’où il chasse les chefs musulmans qui s’y étaient installés quelques années plus tôt. Cependant, l’historien Mohammed Arkoun remarque que les écrits contemporains sont muets sur des pillages faits par les Francs en Aquitaine peu après la bataille parce que leur existence est contestée.
C’est seulement alors à cette occasion qu’il aurait gagné le surnom de Martel. En tout état de cause, il est certain que ce surnom a surtout frappé les esprits ce qui a contribué à la création du mythe de Charles Martel. Ainsi selon l’historien allemand Karl Ferdinand Werner, la Provence fut si bouleversée par les exactions de Charles Martel que le surnom Martel-Marteau pourrait venir de là et non de la victoire contre les musulmans.
Les troupes arabo-musulmanes ne sont pas pour autant battues sur tous les fronts. Elles prennent Avignon et Arles en 735 puis attaquent la Bourgogne. Beaucoup de seigneurs bourguignons, dont le duc Mauronte, pactisent alors avec les Arabes mais Charles Martel parvint à les refouler dans le Sud de la vallée du Rhône en 736. La Provence s’était déjà soulevée contre l’autorité de Pépin de Herstal et de Charles Martel dans les années 714–716 avec le patrice Antenor.
En 737, Charles Martel reprend Avignon avec son frère Childebrand, mais n’arrive pas à faire de même avec Narbonne. Il remporte une importante victoire (bataille de la Berre) près de l’étang de Bages-Sigean, à l’embouchure de la rivière Berre dans l’Aude contre les troupes arabo-musulmanes d’Espagne d’Omar ben Chaled. Cette victoire permit de stopper les incursions des musulmans au Sud de la France et de réduire la présence musulmane à Narbonne et à certaines forteresses de Provence.
En 739, il s’allie aux Lombards pour reprendre la Provence. Tous ceux qui avaient alors collaboré avec les Sarrasins sont châtiés et leurs biens donnés aux guerriers francs. Les Berbères ne possèdent alors plus que Narbonne qui sera finalement prise en 759 par Pépin le Bref. Ces batailles ont grandement contribué à unifier le royaume franc autour de Charles Martel.
Création de la lignée carolingienne
À la mort du roi Thierry IV (737), Charles, fort de son très grand pouvoir, décida de ne pas lui choisir de successeur, le rôle des monarques mérovingiens étant devenu totalement insignifiant. Il prit donc réellement le pouvoir du Royaume franc, et régna donc ainsi en toute illégalité jusqu’à sa mort.
À sa mort, son pouvoir fut partagé entre ses deux fils :
Carloman obtient l’Austrasie, l’Alémanie et la Thuringe
Pépin le Bref obtient la Neustrie, la Bourgogne et la Provence.
Son corps fut inhumé à Saint-Denis.
Bien qu’il n’obtint jamais le titre de roi, il eut malgré tout plus de pouvoir que les souverains francs de l’époque, la dynastie mérovingienne était déjà à ce moment en pleine décadence. Son pouvoir marque les prémices de la lignée carolingienne, confirmée par le sacre de Pépin le Bref le 28 juillet 754.
Gisant de Charles Martel dans la basilique Saint-Denis.
Mariages et enfants
Charles Martel a épousé en premières noces Rotrude († 724), probablement Robertienne, qui donne naissance à :
-Carloman (705/710 † 17 août 754), maire du palais d’Austrasie de 741 à 747, avant de se retirer au monastère du Mont-Cassin
-Pépin III dit le Bref (v.715 † 768), maire des palais de Bourgogne, de Neustrie (en 741) et d’Austrasie (en 747), roi des Francs de 751 à 768,
-Hiltrude († 754), mariée en 741 à Odilon, duc de Bavière,
-probablement Landrade,
-probablement Alda, mariée à Théodoric, comte d’Autun, et mère de Guillaume de Gellone.
Il épouse ensuite Chrotais, probable cousine de la précédente, sans que l’on sache si elle est une épouse principale morte peu de temps après ou une épouse secondaire. Chrotais donne le jour à un seul fils :
Bernard († 787), abbé et comte de Saint-Quentin.
Il épouse ensuite en 725 Swanahilde, issue de la maison bavaroise des Agilolfinges, qui donne naissance à:
Griffon (726 † 753), comte du Mans.
Enfin, une concubine inconnue donne naissance à :
-Jérôme († après 775), abbé de Saint-Quentin.
-Rémi († 771), évêque de Rouen.
Pépin le Bref, né en 715, il meurt le 24 septembre 768 à Saint-Denis (au nord de Paris). Fils cadet de Charles Martel et de Rotrude, il doit son surnom à sa petite taille. Il est maire du palais de Neustrie, de 741 à 751, avec la Bourgogne et la Provence, puis roi des Francs, de 751 à 768.
Le pape Etienne II couronne Pépin le Bref – Childéric III est déposé.
Grandes Chroniques de France . Bibliothèque Sainte-Geneviève, Ms. 782, fol. 107. Paris.
Né vers 715 – † 754, il est le fils de Charles Martel et Rotrude. Il est maire du palais d’Austrasie de 741 à 747, puis se retira du pouvoir et devint moine. Son frère Pépin le Bref lui succéda en tant que maire du palais d’Austrasie. Il est l’oncle de Carloman Ier.
Charles Ier, dit le Grand ou Charlemagne (en latin Carolus Magnus), est né le 2 avril 742 ou 748, et mort à Aix-la-Chapelle le 28 janvier 814. Il est roi des Francs (768–814), devient roi des Lombards (774–814), puis est couronné empereur par le Pape Léon III le 25 décembre 800, relevant une dignité prestigieuse disparue depuis l’an 476 en Occident.
Il agrandit notablement son royaume par une série de campagnes, en particulier par la lente mais néanmoins violente soumission des Saxons païens (772–804). Souverain réformateur, soucieux d’orthodoxie religieuse et de culture, il protège les arts et les lettres. Il est à l’origine, du brillant mouvement ultérieurement qualifié de renaissance carolingienne.
Charlemagne avait prévu le partage de l’Empire entre ses trois fils, dès 806. L’empire ne sera finalement partagé, entre ses trois petits-fils qu’au traité de Verdun en 843. Le morcellement féodal des siècles suivants, puis la division de l’Europe en États-Nations rivaux condamnent à l’impuissance ceux qui tentent explicitement de restaurer l’empire universel de Charlemagne, en particulier les souverains du Saint-Empire romain germanique, d’Otton Ier en 962 à Charles Quint au XVIe siècle, ou encore Napoléon Ier, hanté par l’exemple du plus éminent des Carolingiens. Pourtant, Charlemagne peut être considéré comme le Père de l’Europe, pour avoir assuré le regroupement d’une partie notable de l’Europe Occidentale, et posé les principes de gouvernement dont ont hérité les grands États européens.
Charlemagne est le plus illustre représentant des Carolingiens dont il est l’éponyme. Petit-fils de Charles Martel, il est fils de Pépin III dit le Bref et de Berthe de Laon dite “au Grand Pied”.
La date de l’année de naissance de Charlemagne est sujet de discussion. La date de 742 est avancée par le père Anselme, qui reprend l’unique témoignage d’Eginhard, qui dit dans sa Vita Karoli Magni que Charlemagne avait soixante-douze ans à son décès en 814. Mais il est apparu qu’Eginhard paraphrasait la Vie des douze Césars de Suétone, ce qui fait que l’âge qu’il donne à Charlemagne n’est pas du tout fiable. En ce qui concerne le jour précis de cette naissance, un calendrier du IXe de l’abbaye de Lorsch dit que la naissance de Charlemagne a eu lieu un 2 avril (IV nonas aprilis, nativitas domni et gloriosissimo Karoli imperatoris et semper Augusti). En 755, un clerc irlandais du nom de Cathuulf rappelle à Charlemagne que tout le clergé s’étaient mis en prière pour que le roi et la reine aient un enfant, cela suppose une naissance forcément légitime, pour que le clergé fasse une telle action et plusieurs années après le mariage (Pépin et Berthe se sont mariés en 743 ou 744). Les Annales Petaviani donnent la date de 747, mais pose un problème, elles précisent également que Charlemagne est né après le départ de son oncle Carloman pour Rome, évènement qui a eu lieu le 15 août 747. De plus, en 747, Pâques tombe le 2 avril et les chroniqueurs n’auraient pas manqué de signaler cette coïncidence. C’est pour ces raisons que la naissance de Charlemagne est plus probablement à dater du 2 avril 748.
Il serait né en Austrasie à Herstal ou à Jupille, où réside souvent son père. (Herstal et Jupille se situent aujourd’hui dans la banlieue de la ville de Liège en Belgique. D’autres lieux sont également évoqués : Aix-la-Chapelle, Ingelheim, Quierzy-sur-Oise, et Prüm.
Après la mort de Pépin le Bref, le 24 septembre 768, ses deux fils sont élus rois, le 9 octobre 768, par une assemblée populaire. Charlemagne se voit attribuer la partie de territoire que possédait son père. Carloman Ier reçu le royaume que leur oncle Carloman (devenu moine), avait remis à Pépin le Bref, son frère ainé.
En 770, son frère Carloman Ier refusant de l’aider, Charlemagne est seul à combattre et à remporter une victoire complète sur les peuples d’Aquitaine aux velléités d’indépendance.
Après un peu plus de trois années de règne et de paix relative entre les deux frères, Carloman meurt au palais de Samoussy, tout près de Laon. Dès le lendemain de sa mort, Charles s’empare du royaume de son frère en usurpant l’héritage de ses neveux. Gerberge, la veuve de Carloman, se réfugie en Italie, avec ses fils et quelques partisans. Charles est alors élu souverain de tout le Royaume franc.
Pour maintenir l’unité de l’empire carolingien, Charlemagne introduit la cérémonie de recommandation qui impose un serment de vassalité. Il surveille de près ses vassaux grâce à l’inspection régulière conduite par les missi dominici et parce qu’ils sont convoqués annuellement pour partir en campagne (dont les conquêtes territoriales et le butin associé pourront être redistribués). D’autre part, il ne concède les charges qu’à titre viager ce qui lui permet de récupérer les terres à la mort du vassal, d’éviter la perte progressive de ses possessions et de conserver un moyen de pression sur ses vassaux auxquels la jouissance des terres accordées en précaire peut être retiré. ces hommes deviennent des guerriers domestiques (vassus) attachés à la personne du senior. Le seigneur doit entretenir cette clientèle par des dons pour entretenir sa fidélité.
La monnaie d’or devenant rare du fait de la distension des liens commerciaux avec Byzance (qui perd le contrôle de la Méditerranée occidentale au profit des musulmans), la richesse ne peut guère provenir que de la guerre. Celle-ci procure du butin et permet éventuellement de conquérir des terres qui peuvent être redistribuées. En l’absence d’expansion territoriale, les liens vassaliques se distendent. Pour se pérenniser, une puissance doit s’étendre. Depuis des générations, les Pippinides étendent ainsi leurs dominations, et leurs comtes, s’enrichissant, cèdent des terres à leurs propres vassaux. Charles Martel et Pépin le Bref reprennent à l’Église une grande partie de ses biens pour les distribuer aux vassaux. Ceci leur permet, tout en stabilisant leurs acquis, d’avoir les moyens d’être à la tête d’une armée sans égale dans l’Occident médiéval.
Charlemagne se retrouve avec le même problème. Il doit s’étendre en permanence pour entretenir ses vassaux et éviter la dissolution de ses possessions. Pendant tout son règne, il tente de les fidéliser par tous les moyens : en leur faisant prêter serment, en leur allouant des terres, en envoyant des missi dominici pour les contrôler et pour surveiller ce qui se trame à travers son empire. Pour pérenniser son empire naissant, il doit chaque année réunir son armée et la lancer vers de nouvelles conquêtes.
Une fois seul maître du royaume franc, il agrandit son royaume vers le nord et l’est (Bavière, Saxe, Frise), vers l’ouest (Bretagne) et vers le sud (Nord de l’Èbre en Espagne en 778, établissant des marches). Il fait, à partir de 772, une guerre acharnée aux Saxons, qui, commandés par Widukind, lui opposent une vigoureuse résistance. Il n’achève de les soumettre qu’en 804. Il se voit même contraint, pour prévenir leurs révoltes, d’en déporter un certain nombre.
À l’avènement de Charlemagne, l’Italie a, depuis la reconquête byzantine par Justinien en 535, été envahie progressivement (mais dans sa quasi totalité) par les Lombards. La papauté est toujours sous tutelle de l’Empire byzantin qui possède toujours les territoires autour de Rome. Cependant, accaparé par sa lutte contre l’expansion de l’empire musulman, le basileus n’a plus les moyens de protéger Rome menacée par les Lombards. S’affranchissant de la tutelle byzantine, la papauté se tourne donc vers les Francs. En 774, Charlemagne intervient et défait Didier, roi des Lombards qui menace de nouveau le pape, et s’empare de ses États. L’exarchat byzantin de Ravenne n’est tombé que 23 ans plus tôt et c’est donc une région très cultivée qui passe sous domination franque.
En 778, Charlemagne intervient en Espagne et, malgré un échec subi de la part des Vascons à Roncevaux par son arrière-garde que commande Roland, présenté comme son neveu dans la célèbre chanson de geste qui porte son nom, il remporte plusieurs victoires sur les Sarrasins et réussit à conquérir une partie de la Catalogne.
En 781, il procède à la répartition du domaine royal en faisant couronner roi des Francs son fils ainé Charles âgé de 9 ans, roi d’Italie son fils Carloman âgé de 4 ans qui prend à l’occasion le prénom de Pépin et enfin roi d’Aquitaine son fils cadet Louis âgé de 3 ans. Ses donations sont sans risque pour l’intégrité de l’empire puisque ses enfants sont mineurs et placés sous le contrôle de conseillers impériaux.
L’annexion de la Frise Orientale (la région s’étendant du Zuiderzee jusqu’à l’embouchure de la Weser) par les Francs ne fut acquise, en apparence, qu’après 782, voire 785. C’est à cette dernière date que Widukind, le chef de la résistance païenne des Saxons se soumit à Charlemagne. Néanmoins, la situation politique demeura tendue encore plusieurs années pour les Francs.
Le peuple, d’origine celtique, de Bretagne considère le roi des Francs comme un monarque étranger, et lui résiste de manière acharnée. En 786, Charlemagne envoie des forces considérables ravager la Bretagne, sans toutefois parvenir à la soumettre. Il essaye à nouveau en 799 puis en 811, mais à chaque fois sans succès.
En 788, il s’attaque à Tassillon, duc de Bavière, qui conspire contre lui avec les Saxons. Il le réduit à l’impuissance et ajoute ses États à son Empire.
En 791, avec l’aide de son fils Pépin d’Italie, il mène contre les Avars une première expédition. En 795, il réussit à s’emparer de leur camp retranché, le Ring avar, avec un trésor considérable, fruit de plusieurs dizaines d’années de pillage. En 805, les derniers Avars rebelles sont définitivement soumis.
Le jour de Noël de l’an 800, Charlemagne est couronné empereur d’Occident par le Pape Léon III, à Rome, en la basilique Saint-Pierre. Il se montre courroucé que les rites de son couronnement soient inversés au profit du pape. En effet, ce dernier lui dépose subitement la couronne sur la tête alors qu’il est en train de prier, et ensuite seulement le fait acclamer et se prosterne devant lui. Une manière de signifier que c’est lui, le pape, qui fait l’empereur (ce qui anticipe sur les longues querelles des siècles ultérieurs entre l’Église et l’Empire. Selon Eginhard, le biographe de Charlemagne, l’empereur serait sorti furieux de la cérémonie, il aurait préféré que l’on suive le rituel byzantin, à savoir l’acclamation, le couronnement et enfin l’adoration) c’est-à-dire, selon les Annales Royales, le rituel de la proskynèse (prosternation), le pape s’agenouillant devant l’empereur. C’est en se souvenant de cet épisode que Napoléon prend soin, un millénaire plus tard, lors de son couronnement en présence du Pape, de se poser la couronne lui-même sur la tête.
Mais l’Empire byzantin refuse de reconnaître le couronnement impérial de Charlemagne. Charles et ses conseillers objectent que l’Empire d’Orient étant tombé aux mains d’une femme, l’impératrice Irène de Byzance, cela équivaut à une déshérence pure et simple du titre impérial, qui ne peut être assumé que par un mâle. Avec le traité de paix d’Aix-la-Chapelle en 812, l’Empereur d’Orient Michel Ier Rhangabé daigne accepter vraiment de reconnaître le titre impérial de Charlemagne et de ses successeurs, et encore, en utilisant des formules détournées évitant de se prononcer sur la légitimité du titre, telles que : « Charles, roi des Francs (...), que l’on appelle leur empereur. »
Charlemagne considère que la dignité impériale ne lui est conférée qu’à titre personnel, pour ses exploits, et que son titre n’est pas appelé à lui survivre. Dans ses actes, le souverain se titre “empereur gouvernant l’Empire romain, roi des Francs et des Lombards” (Karolus, serenissimus augustus, a Deo coronatus, magnus et pacificus imperator, Romanum gubernans imperium, qui et per misericordiam Dei rex Francorum et Langobardorum). Dans son testament, en l’an 806, il partage l’Empire entre ses fils, suivant la coutume franque, et ne fait aucune mention de la dignité d’empereur. C’est seulement en 813, quand il n’a plus qu’un seul fils encore vivant, que Charlemagne décide dans son testament du maintien de l’intégralité de l’empire et du titre impérial.
Selon les lettrés de l’époque, comme Alcuin, le prince idéal doit avoir un but religieux, et lutter contre les hérétiques et les païens, y compris hors des frontières. Mais il doit avoir aussi un but politique, ne pas se contenter de la dignité royale, et devenir empereur d’Occident. Léon III va dans ce sens, mais pour lui le pouvoir spirituel l’emporte sur le pouvoir temporel, ce qui explique cette organisation lors du couronnement de Charlemagne.
À partir de 800, les campagnes militaires se font plus rares et le modèle économique franc basé sur la guerre cesse d’être viable. Il repose sur une main-d’œuvre alternativement combattante ou servile où l’agriculture est encore largement inspirée du modèle antique esclavagiste. Mais ces esclaves ont une productivité faible, car non seulement ils ne sont pas intéressés aux résultats de leur travail, mais ils sont coûteux en saison morte. En période de paix, nombreux sont les hommes libres qui choisissent de poser les armes pour le travail de la terre, plus rentable. Ceux-ci confient leur sécurité à un protecteur, contre ravitaillement de ses troupes ou de sa maison. Certains arrivent à conserver leur indépendance, mais la plupart cèdent leur terre à leur protecteur, et deviennent exploitants d’une tenure (ou manse), pour le compte de ce dernier.
Inversement, les esclaves sont émancipés en serfs, dépendants d’un seigneur auxquels ils versent une redevance et deviennent plus rentables. Cette évolution se fait d’autant mieux que l’Église condamne l’esclavagisme entre chrétiens. La différence entre paysans libres et ceux qui ne le sont pas s’atténue.
Parallèlement, la frappe de monnaie d’argent, développée depuis plusieurs générations, et son homogénéisation en 781 par Charlemagne, est un progrès énorme. Sans monnaie, le paysan ne produisait que ce qu’il lui fallait pour survivre et pour le versement d’une partie de sa production à son seigneur. Avec la monnaie, il peut vendre des surplus de production et améliorer sa condition.
Les Carolingiens ont pris d’autres mesures pour favoriser le commerce, ils entretiennent les routes, favorisent les foires… Cependant, ce commerce est étroitement encadré (les prix sont fixés depuis 794, l’exportation des armes est prohibée) et taxé puisque le but initial de cette activité est d’avoir accès à des produits précieux afin d’entretenir ses vassaux. Ainsi, si la restructuration de la société agricole est en germe, elle ne se concrétisera pas avant la révolution agricole de l’an 1000.
Son fils Pépin d’Italie décède en 810 et le cadet Charles en 811. En 813, il associe son fils survivant Louis à l’empire. Au lendemain de sa mort en 814, le vaste empire de Charlemagne est borné à l’ouest par l’océan Atlantique (sauf la Bretagne), au sud, par l’Èbre, en Espagne, par le Volturno, en Italie ; à l’est par la Saxe, la rivière Tisza, les contreforts des Carpates et l’Oder ; au nord par la Baltique, le fleuve Eider, la mer du Nord et la Manche.
Chronologie :
2 avril 742 ou 748 : naissance de Charlemagne.
9 octobre 768 : début du règne de Charlemagne, roi des Francs. Couronnement à Noyon. Il règne avec son frère Carloman Ier jusqu’en 771.
770 : Charlemagne remporte une victoire complète sur les peuples d’Aquitaine, qui voulaient se rendre indépendants.
771 : Charlemagne règne seul, après la mort de son frère Carloman Ier.
772 : début des guerres de Saxe.
774 : soumission des Lombards.
778 : début des guerres contre les Maures.
788 : diète d’Empire à Ingelheim : la Bavière perd son indépendance. Tassilon est condamné à mort.
25 décembre 800 : Charlemagne, roi des Francs, est couronné empereur d’Occident à Rome par le Pape Léon III. Début du nouvel Empire d’Occident.
804 : soumission des Saxons après 32 ans de guerres.
810 : Charlemagne s’installe définitivement à Aix-la-Chapelle.
812 : par le traité d’Aix-la-Chapelle, l’Empereur d’Orient Michel Ier reconnaît Charlemagne comme empereur d’Occident.
813 : il associe son fils Louis à l’Empire.
28 janvier 814 : mort de Charlemagne à Aix-la-Chapelle.
29 décembre 1165 : canonisation par le pape Pascal III.
La renaissance carolingienne.
Les lettrés du temps utilisent le terme renovatio pour qualifier le mouvement de renouveau en Occident qui caractérise la période carolingienne, après deux siècles de déclin.
Depuis la chute de l’Empire romain, en 476, les rois Ostrogoths, fortement romanisés, respectent le patrimoine culturel latin et s’entourent de lettrés tels que Cassiodore ou Boèce. L’isolement est de courte durée puisque, dès 535, l’Empereur byzantin Justinien réussit à reconquérir l’Italie.
L’exarchat de Ravenne et des lettrés, tels Cassiodore, préservent et enrichissent les connaissances qui sont conservées dans les bibliothèques italiennes depuis la chute de l’Empire romain. Au VIIIe siècle, l’exarchat est soumis à la pression des Lombards, qui profitent du fait que les Byzantins, accaparés par leur lutte contre les musulmans, ne peuvent plus protéger l’Italie. Rome s’affranchit alors de la tutelle byzantine. Les tensions entre Rome et Byzance s’aggravent, et le premier iconoclasme, ou Querelle des Images, fait fuir de nombreux artistes byzantins à Rome où l’art se développe rapidement. L’exarchat de Ravenne tombe aux mains des Lombards seulement en 751 : ils administrent l’Italie du nord, mais ne détruisent pas plus le patrimoine culturel que ne l’ont fait avant eux les Ostrogoths. Rome donne donc tout son soutien à la constitution d’un Empire d’Occident capable de défendre la papauté contre les Lombards et les Byzantins. Dès 774, Charlemagne vainc les Lombards et prend ainsi le contrôle de l’Italie du Nord et de son précieux patrimoine culturel.
La chute du Royaume wisigoth, lors de l’invasion de l’Espagne par les Sarrasins, fait que de nombreux intellectuels et ecclésiastiques, comme Théodulf d’Orléans ou Benoît d’Aniane, rejoignent la cour de Pépin le Bref. Les Carolingiens bénéficient ainsi de connaissances venues du Royaume qui se voulait l’héritier de l’Empire romain et le conservateur de sa culture.
Depuis le VIe siècle, le monachisme est très fortement développé en Irlande et en Northumbrie. Les monastères irlandais conservent les connaissances latines et grecques, et sont le siège d’une vie intellectuelle intense. Les invasions conduites par les Vikings font venir des îles britanniques des érudits qui contribuent, avec l’instauration de la règle de saint Benoît d’Aniane, à l’essor de la vie monastique dans le Royaume carolingien.
Cette poussée monastique et la facilitation de l’écriture aboutissent à un meilleur partage des connaissances. Ainsi, de nombreux érudits de toute l’Europe viennent à la cour de Charlemagne et, en y partageant leurs connaissances, déclenchent la renaissance carolingienne. Parmi ceux-ci, on compte :
Alcuin, arrivé d’Angleterre en 782, est l’un des principaux conseillers de l’empereur. Il participe activement au renouveau biblique. La bible d’Alcuin est l’un des plus anciens manuscrits d’Occident. Il institue à Aix-la-Chapelle une école palatine pour former les futures élites laïques et religieuses. Il met en place un vaste programme d’éducation reprenant la structure des sept arts libéraux de Martianus Capella, Cassiodore, Boèce, transmise par Bède le Vénérable.
Théodulf, Wisigoth (originaire de l’actuelle Espagne), poète, théologien, s’oppose à Constantinople sur la question de l’iconoclasme.
Benoît d’Aniane qui instaure une réforme religieuse en Aquitaine, puis unifie la liturgie en 817, forme des centaines de moines qui vont essaimer dans tout l’Empire répandant la règle bénédictine.
Eginhard, historien et biographe de Charlemagne (voir ci-dessous),
Paul Diacre, auteur d’une Histoire des Lombards,
Pierre de Pise, lettré italien.
Au début de son règne, Charlemagne n’a pas de lieu de résidence fixe. Il se déplace avec sa cour de villa en villa comme celles de Metz ou de Thionville où il rédigera un premier testament en 805.
L’Empire est administré par les missi dominici, qui vont par deux, un comte et un évêque. Ces hauts commissaires sont chargés de visiter chaque année toutes les provinces de son vaste empire et de faire respecter partout le pouvoir central selon les capitulaires. Ces capitulaires sont des directives élaborées à la cour au cours de grandes assemblées appelées plaids. Sur le modèle des annales maximi de la république romaine, un clerc tient à jour la chronique des événements du règne, consignés dans les Annales regni Francorum.
À partir de 790, l’empereur réside le plus souvent à Aix-la-Chapelle qui devient capitale de l’Empire carolingien. Il entretient de très bonnes relations avec le calife abasside de Bagdad, Haroun ar-Rachid, son allié de fait contre l’émirat ommeyyade dissident de Cordoue qui contrôle l’Espagne, mais aussi contre l’Empire byzantin. Il reçoit de lui en cadeau, entre autres, un éléphant blanc nommé Abul-Abbas, en 797 ou 801 selon les sources. Le calife l’assure en outre que la pleine liberté resterait assurée aux pèlerins chrétiens se rendant à Jérusalem.
Charlemagne met en place une monnaie unique dans l’Empire, et développe l’utilisation de l’écrit comme moyen de diffusion de la connaissance, et particulièrement l’usage de la langue latine.
Les scriptoria se développent dans les abbayes carolingiennes : Saint-Martin de Tours, Corbie, Saint-Riquier, etc. Le succès de ces ateliers de copistes est rendu possible grâce à l’invention d’une nouvelle écriture, la minuscule Caroline, qui gagne en lisibilité, car les mots sont séparés les uns des autres, et les lettres mieux formées. L’Évangile de Godescalc, un évangéliaire écrit par un scribe franc entre 781 et 783 sur ordre de Charlemagne, est le premier exemple doté d’écriture minuscule caroline.
À sa cour, il encourage l’étude de certains auteurs de l’Antiquité, et Platon y est connu. (Aristote ne sera redécouvert qu’à partir du XIIe siècle en Occident). En 789, il promulgue le capitulaire Admonitio generalis qui ordonne que soit créée dans chaque évêché une école destinée aux enfants laïcs.
Sous son règne, l’art préroman apparaît, et un bon nombre de cathédrales sont construites dans tout l’empire. Elles seront pour la plupart toutes reconstruites lors de la renaissance ottonienne et au XIIe siècle. Certains de ces monuments reprennent le plan hexagonal des églises d’Orient. La chapelle palatine d’Aix-la-Chapelle en est un exemple, ainsi que la petite église de Germigny-des-Prés entre Orléans et Saint-Benoît-sur-Loire.
L’héritage administratif de Charlemagne sera repris dans les Flandres, ainsi que par les Normands qui vont appliquer ces principes après leur conquête de l’Angleterre.
Charlemagne apprend à écrire tardivement, et ne parvient jamais à maîtriser cette difficile technique, ce qui motive la création d’une école du palais, afin que les hommes devant le servir soient à même de rédiger des rapports. Cependant, afin de lui permettre de signer autrement que d’une simple croix, Eginhard lui apprend à tracer ce signe simple, un monogramme, qui contient toutes les lettres de son nom, Charles (Karolus en latin). Les consonnes sont sur les branches de la croix, les voyelles contenues dans le losange central (A en haut, O est le losange, U est la moitié inférieure).
Bien que ne sachant pas écrire, Charlemagne sait lire. Sa langue maternelle est le francique, mais il parle couramment le latin et le grec. La vie de Charlemagne est relatée par le moine Eginhard, qui le suit tout au long de sa vie.
La figure de Charlemagne est idéalisée dans la culture médiévale, notamment au travers des chansons de geste, dans lesquelles il fait partie des Neuf Preux.
Charlemagne est mis au nombre des saints en 1165 par l’antipape Pascal III, à l’instigation de l’Empereur Frédéric Barberousse. La cérémonie religieuse d’élévation des ossements de Charlemagne eut lieu à Aix-la-Chapelle le 29 décembre 1165, par Renaud de Dassel, archevêque de Cologne et Alexandre II, évêque de Liège. La papauté qui suivit ne se prononça jamais sur la légitimité de la canonisation de Charlemagne, mais préféra ne pas le compter au nombre des saints, en raison de la conversion des Saxons par la violence. En revanche, son culte reste toléré et sa qualité de bienheureux reconnue par le Pape Benoît XIV. Toujours est-il qu’il est entré dans l’ordo (calendrier) de plusieurs diocèses situés dans la région d’Aix-la-Chapelle, où ses ossements sont encore exposés à la vénération des fidèles. Sa fête est fixée au 28 janvier.
Depuis 1661, Charlemagne est le patron de l’Université de Paris qui le fête encore annuellement au XIXe siècle et dans plusieurs collèges encore dans la première moitié du XXe siècle.
L’association des lauréats du Concours général, en France, tient toujours son repas annuel aux environs de la Saint-Charlemagne.
Son épée “Joyeuse” et ses éperons d’or étaient utilisés lors du couronnement des rois de France. Ces objets, ainsi que son échiquier personnel en ivoire, firent partie du trésor des rois de France en la basilique Saint-Denis jusqu’au 11 septembre 1793, date à laquelle ce dernier fut en grande partie dispersé ou perdu du fait des révolutionnaires français. Joyeuse fut réutilisée lors du couronnement impérial de Napoléon 1er. Ces objets (sauf l’échiquier perdu) sont actuellement en la galerie Richelieu, au musée du Louvre.
Né en 751, mort le 4 décembre 771 à Samoussy dans l’Aisne, fut roi des Francs de 768 à 771. Il est le fils de Pépin dit le Bref et de Bertrade de Laon dite au Grand Pied.
Après la mort de son père, tandis que son frère Charlemagne est sacré roi des Francs à Noyon le 9 octobre 768, il reçoit l’onction le même jour à Soissons, qui devient capitale de son royaume. Le partage du royaume entre Carloman et Charlemagne est fort diversement relaté par les historiens. Tel que Pépin l’avait prévu, il est remis en cause lors d’une assemblée générale des grands feudataires du royaume. Charlemagne reçoit l’ancienne part de son père : la Neustrie, la Bourgogne et l’Aquitaine. Carloman Ier reçoit celle qui avait été dévolue à son oncle Carloman, à savoir l’Austrasie, l’Alémanie, la Thuringe, et les pays tributaires.
Carloman Ier et Charlemagne ne s’entendent guère. Ainsi, Carloman Ier laisse son frère mater seul une révolte des Aquitains menée par Hunald, fils de Waïfre, qui s’était soulevé contre les Francs.
Leur mère Bertrade intervient en politique, afin de régler les différends qui opposent les deux frères, en réalisant une alliance avec le duc Tassillon III de Bavière et avec Didier, roi des Lombards.
Le 4 décembre 771, Carloman Ier meurt en son palais de Samoussy, il est inhumé en l’église abbatiale de Saint-Remi de Reims. À partir de juin 771, voyant sa mort venir, il avait cédé plusieurs de ses domaines en échange de sa sépulture.
Gisant de Carloman Ier derrière celui d’Ermentrude dans la Basilique Saint-Denis.
Dès la mort de Carloman, Charlemagne, profitant de la situation, évince ses deux jeunes neveux en prenant possession du royaume de son frère au mépris de tous leurs droits. Après avoir rallié des fidèles de Carloman, notamment son cousin Adalard de Corbie, l’abbé Fulrad et le comte Warin, il devient l’unique monarque du royaume franc.
Voyant en cela une menace pour ses enfants, Gerberge, veuve de Carloman, accompagnée de quelques seigneurs francs, part se réfugier en Italie. Elle aurait pu gouverner au nom de ses enfants, mais préféra se réfugier avec ses enfants auprès du roi Didier de Lombardie, que l’on soupçonna par la suite de vouloir sacrer le fils de Carloman Ier.
Lorsque Charlemagne conquit la Lombardie, il assiégea Pavie. La famille de Carloman Ier se réfugia alors à Vérone mais la ville fut prise et Charlemagne s’empara de Gerberge et de ses enfants.
Louis Ier est né en été 778 et mort le 20 juin 840 sur une île du Rhin à Ingelheim-Am-Rhein près de Mayence en Allemagne. Il est inhumé auprès de sa mère Hildegarde de Vintzgau en l’abbaye Saint-Arnould de Metz.
Il est né en l’absence de son père Charlemagne, qui entreprend alors une expédition militaire vers l’Espagne. Sa mère le met au monde à la villa Cassinogilum, Chasseneuil-du-Poitou , dans l’actuel département de la Vienne. Son frère jumeau, Lothaire, meurt peu après.
Louis le Pieux est roi d’Aquitaine (781–814) et empereur d’Occident (813–833), et (835–840). Son règne est marqué par de nombreuses menaces sur l’unité de l’Empire carolingien légué par son père. Ses fils se révoltent contre lui, et il doit faire face aux raids des Vikings. Durant cette période, les ambitions des aristocrates s’affirment de plus en plus, menaçant le pouvoir impérial.
En tant que dernier fils survivant, Charlemagne lui donne le titre d’empereur d’Occident, le 11 septembre 813, à Aix-la-Chapelle.
«Au mois de septembre de cette même année (813), le susdit Empereur Charles réunit une grande assemblée du peuple au palais d’Aix. Venant de tout son Royaume et Empire s’assemblèrent évêques, abbés, comtes, prêtres, diacres et assemblée des Francs auprès de l’empereur à Aix; et là ils élaborèrent quarante-six chapitres sur ce qui était nécessaire à l’Église de Dieu et au peuple chrétien. Ensuite se tint une assemblée avec les dits évêques, abbés, comtes et nobles du Royaume franc, et ils firent de son fils Louis un roi et un empereur. Ce à quoi tous consentirent pareillement, déclarant que cela était justifié; et cela plut au peuple, et avec le consentement et l’acclamation de tout le peuple, il fit son fils Louis empereur avec lui, et il perpétua l’Empire par la couronne d’or, le peuple acclamant et criant : Vive l’Empereur Louis ! Et ce fut une grande joie dans le peuple ce jour-là.»
L’empire ne fut donc pas découpé, comme il était coutume de le faire à l’époque. En octobre 816, il est sacré par le pape Étienne IV à Reims.
Avec Ermengarde de Hesbaye, il a trois fils : Lothaire, Louis et Pépin. Le premier doit recevoir l’empire d’Occident, Louis la Bavière et Pépin l’Aquitaine. C’est ainsi que Louis le Pieux, en prévision de sa succession, découpe et partage son empire en juillet 817 dans un document appelé Ordinatio Imperii. Ces dispositions se heurtent à la révolte de son neveu Bernard, roi d’Italie, petit-fils de Charlemagne.
Après avoir durement châtié Bernard en lui faisant crever les yeux (818), ce dernier est gracié, mais meurt trois jours après. L’empereur, accablé de remords et pour expier sa cruauté, se sent obligé de faire pénitence publique (822). Cet acte ébranla fortement son prestige.
Devenu veuf en 819, Louis se remarie avec Judith de Bavière, de la dynastie Welf, qui lui donne un fils en 823, le futur Charles II dit le Chauve. Judith essaie d’écarter ses beaux-fils du pouvoir. La naissance de Charles vient bouleverser le partage de 817. Il faut processionner ce nouveau descendant. Aussi, dès 829, Louis le Pieux modifie sa succession pour y intégrer Charles. Lothaire réunit plusieurs aristocrates, et forme le parti de l’unité de l’empire. Une première révolte éclate en 830. Les trois fils de Louis le Pieux se rebellent contre leur père, et le contraignent à enfermer Judith dans un monastère. La succession est encore revue. Le titre impérial n’a plus de successeur, les fils ont chacun un royaume indépendant. En juin 833, une nouvelle rébellion des frères fait vaciller le pouvoir. L’empereur, Judith et le petit Charles sont enfermés. En novembre 833, Lothaire impose à son père Louis le Pieux une pénitence publique à Saint-Médard de Soissons. Ce dernier est déposé de sa dignité impériale. Mais l’opinion publique se retourne contre les frères, et ceux-ci se divisent pour s’opposer. En 835, Louis retrouve son titre d’empereur au concile de Thionville. Deux ans plus tard, Louis le Pieux constitue un vaste royaume pour son dernier fils Charles, ce qui entraîne les rancœurs des autres.
Après la mort de Louis le Pieux en 840, les hostilités entre les fils reprennent aussitôt.
Pourquoi le surnom “le Pieux” ?
N’étant pas le fils aîné de Charlemagne, Louis est d’abord destiné à une carrière monastique, et instruit dans la religion. Durant son règne, il réforme les monastères et change de politique vis-à-vis de la papauté en s’engageant à respecter les États de l’Église et à ne pas intervenir dans les élections pontificales. Le pape retrouve ainsi, après le contrôle exercé par Charlemagne, une certaine indépendance politique.
À sa cour, il s’entoure de prélats et de clercs qui le conseillent tels que Agobard (778–840), Frédegis († 834) et Benoît d’Aniane (750–821). En 822, il accomplit une pénitence publique à Attigny. En somme, la politique religieuse de Louis le Pieux a pour objectif de renforcer l’unité de l’empire, un empire carolingien fondamentalement chrétien.
Ce surnom de Pieux est attesté de son vivant. Le chorévêque de Trèves, Thégan (avant 800 – † 20 mars 849/852), l’un de ses trois biographes ne rédige-t-il pas la Vita Hludovici Pii ? (Pii signifiant Pieux).
Même Agobard, très critique envers Judith, fervent soutien de Lothaire et principal artisan de la déposition de Louis en 833, utilise le terme Pii dans son Libro Duo pro Filiis et Contra Iudith Uxorem Ludovici Pii.
L’autre surnom de “débonnaire” apparaît une seule fois, durant le haut Moyen Âge, sous la plume de L’Astronome, un autre de ses biographes. Il emploie le terme latin mittisum, que l’on traduit par débonnaire, une seule fois dans son récit. Malheureusement pour Louis, ce terme est repris en 1275 par Primat, clerc à Saint-Denis, dans les Grandes Chroniques de France, puis par une cohorte d’historiens qui éclipsent le mot Pieux.
En 840, à la mort de l’Empereur Louis le Pieux, la guerre commence immédiatement entre ses fils, pour le partage du vaste Empire de Charlemagne. Les faveurs accordées à Charles le Chauve, au détriment de ses demi-frères ainés, sont la cause des troubles qui agitent la fin du règne de leur père, et de la mésintelligence qui existe entre ses héritiers. Charles s’unit à son demi-frère Louis le Germanique, pour combattre Lothaire Ier leur frère aîné, qui veut les exclure du partage de l’Empire. Ensemble, ils remportent en 841 la bataille de Fontenoy-en-Puisaye en Bourgogne.
Le 14 février 842, ils renforcent leur alliance en prononçant réciproquement les serments de Strasbourg dont le texte de ce document fut écrit en langue romane et en langue tudesque afin d’être compris par les troupes de l’Ouest comme de l’Est de l’Europe Occidentale.
Les hostilités cessent avec le traité de Verdun en 843. Lothaire Ier reçoit la Francie Médiane, (Francia Media), de la mer du Nord à l’Italie, il est nommé empereur. Louis le Germanique reçoit la Francie Orientale, (Francia Orientalis) ou Germanie (la future Allemagne). Charles le Chauve reçoit la Francie Occidentale, (Francia Occidentalis), (la future France).
Petit-fils de Charlemagne, il est le fils de l’Empereur Louis le Pieux et de sa troisième épouse Judith de Bavière, né le 13 juin 823. Il est surnommé le Chauve, non en raison d’une calvitie, mais parce que le 5 mai 877, jour de la consécration par le Pape Jean VIII de la collégiale Sainte-Marie, future abbaye Saint-Corneille à Compiègne, il se serait fait raser le crâne en signe de soumission à l’Église, et ce, malgré la coutume franque exigeant qu’un roi ait les cheveux longs.
À l’âge de sept ans, Charles est confié à un précepteur de renom, Walafrid Strabon (v. 808/809–849), moine au monastère de Reichenau, en Alémanie, esprit cultivé attaché au mythe impérial, poète, auteur d’une glose qui contient des commentaires de la Bible, sur lesquels se fondent, des siècles durant, les interprétations du livre sacré. Pendant neuf ans, Strabon assure l’éducation du jeune prince, convaincu de la grande destinée qui attend son élève.
Le mercredi 6 juin 848 à Sainte-Croix d’Orléans, Charles le Chauve, élu puis acclamé par les grands aristocrates du royaume, reçoit l’onction du sacre par Wénilon (Ganelon), l’archevêque de Sens : « Et, dans la ville d’Orléans, presque tous les grands, réunis aux évêques et aux abbés, élisent Charles pour leur roi et le consacrent par l’onction du saint chrême et par la bénédiction épiscopale ».
En conflit avec ses demi-frères pour le partage de l’immense Empire de leur grand-père, maintenu par leur père, Charles doit attendre la fin de sa vie pour ceindre la couronne impériale.
Dès août 829 à Worms, son père le fait duc d’Alémanie, incluant la Rhétie, l’Alsace et une partie de la Bourgogne.
En septembre 832, il le nomme roi d’Aquitaine en remplacement de son demi-frère Pépin Ier d’Aquitaine. Ce dernier, ayant aidé son père dans la rébellion contre ses fils, récupère son trône le 15 mars 834 à Quierzy.
En 837, à l’assemblée d’Aix-la-Chapelle, son père lui accorde les territoires côtiers situés entre la Frise et la Seine.
En 838, il obtient un territoire assimilé à un royaume incluant le Maine et la région comprise entre la Seine et la Loire.
Le 28 mai 839, à l’assemblée de Worms, Louis le Pieux lui donne une partie de la Francie Occidentale comprise entre la Meuse et la Seine, l’Ouest et le Sud de la Bourgogne, la Provence, la Neustrie, la Marche de Bretagne, le Royaume d’Aquitaine, la Gascogne et la Septimanie.
Très peu de temps après le 20 juin 840 (mort de leur père), des hostilités sont engagés entre lui et ses frères. Celles-ci prendront fin en 843 par le traité de Verdun, qui lui accorde la couronne de roi de Francie Occidentale (France).
En 841, Charles le Chauve reçoit le serment de Nominoë, roi de Bretagne. En 843, déclenchement des hostilités entre Charles le Chauve et Nominoë. En 845, lors de la bataille de Ballon, Nominoë remporte une victoire sur Charles le Chauve. Un premier traité est conclu en 846 avec Nominoë, qui devient alors souverain de Bretagne.
Lors de la reprise des hostilités contre la Bretagne en 849, de nombreux raids ont lieu en Francie Occidentale (Maine, Anjou, Poitou), ainsi que la prise des cités de Rennes et Nantes.
Le 22 août 851, Charles le Chauve est battu par les Bretons d’Erispoë, lors de la bataille de Jengland. Cette défaite le conduit à signer au mois de septembre suivant le traité d’Angers qui concède à Erispoë les comtés de Retz, Rennes et Nantes. Le roi de Bretagne prête un hommage au roi de France, hommage qui n’est pas un hommage lige, ce dernier entraînant alors une allégeance prioritaire. La Bretagne demeura donc un Royaume souverain. En souvenir de cet hommage purement symbolique, et pour bien marquer l’indépendance bretonne, les ducs de Bretagne seront couronnés “Duc, roi en leur terres”.
De 856 à 861, la Francie Occidentale est plusieurs fois rançonnée par les Vikings qui ont multiplié leurs raids. Maintes fois, le Roi Charles s’engage à leur donner de grosses sommes afin que ceux-ci se retirent et cessent de piller les riches abbayes. Mais rien n’y fait, les Vikings touchent la rançon et reviennent plus tard. En raison de son incapacité à soumettre l’envahisseur, les grands du Royaume, ayant à leur tête Robert le Fort, se rebellent et demandent de l’aide au Roi Louis II de Germanie, son frère.
Au cours de l’automne 858, Louis le germanique quitte Worms et envahit le royaume de son frère. Arrivé à Orléans, Louis reçoit l’hommage des Aquitains, des Bretons, de la plupart des vassaux de la couronne et d’une faible minorité de prélats sous l’autorité de l’archevêque Wénilon de Sens. Alors que son frère est reconnu roi à sa place, Charles, qui assiégeait l’île d’Oscelle occupée par les Vikings, est contraint à se réfugier en Bourgogne. Face à ces évènements, plusieurs évêques, sous la conduite de l’archevêque Hincmar de Reims, réagissent. Réunis à Reims le 25 novembre 858, ils demandent le départ des Germains et le retour de Charles. Louis s’exécute et licencie une partie de son armée. Profitant alors de la situation, Charles réussit à rassembler une troupe et marche en direction de son frère. À Jouy, près de Soissons, les deux souverains se font face mais, voyant l’armée de son frère plus importante, Louis le Germanique se retire sans combattre.
Le 1er août ou le 25 août 867, par le traité de Compiègne, le Roi Charles le Chauve fait concession de la péninsule du Cotentin et de l’Avranchin à Salomon.
En 867, il devient abbé laïc de Saint-Denis
Charles agrandit son royaume, par conquête, et par héritage avec notamment la Lotharingie en 869 qu’il doit néanmoins partager avec son frère Louis le Germanique au Traité de Meerssen en août 870. Ce traité porte la frontière de son Royaume sur la Moselle, et rend pour la première fois voisins les deux royaumes. Ce traité accorde aussi à Charles le Chauve la partie nord du royaume de Provence.
Charles le Chauve est amené à soutenir plusieurs guerres pour conserver l’Aquitaine qu’il détient au préjudice de son neveu Pépin II d’Aquitaine. En 875, après la mort de son neveu l’Empereur Louis II, fils aîné de son frère Lothaire Ier, il hérite du trône impérial, ainsi que de son domaine (Royaume d’Italie et Provence). Le 25 décembre 875 à Rome, 75 ans jour pour jour après le couronnement de son grand-père Charlemagne, il reçoit sur sa tête la couronne impériale des mains du Pape Jean VIII.
Le 28 août 876, son demi-frère Louis le Germanique meurt à Francfort-sur-le-Main. Charles le Chauve en profite pour envahir la Lotharingie Orientale. Mais ses neveux, les fils de Louis le Germanique, ayant été dépouillés, réunissent une grande armée, et lui infligent une sévère défaite le 8 octobre 876 à Andernach sur les bords du Rhin près de Coblence.
En juin 877, il promulgue le capitulaire de Quierzy, qui rend héréditaires les charges comtales. Cet acte peut être considéré comme l’acte de naissance de la féodalité. S’étant ensuite rendu en Italie afin de porter secours au Pape Jean VIII en lutte avec les Sarrasins, il est contraint de revenir en France pour faire face à une attaque de Carloman, autre fils de Louis le Germanique. Sur le chemin du retour, saisi d’une violente maladie, il meurt, le 6 octobre 877, au village de Brios, l’actuel Avrieux au pied du Mont-Cenis en Savoie. La rumeur publique accuse rapidement Sédécias (Zédéchias), un de ses médecins juif d’avoir empoisonné le roi, Richilde est également soupçonnée de complicité. Alors que le convoi mortuaire est en direction de Paris, et face à l’odeur pestilentielle qui se dégage du cercueil, son corps est finalement enterré à Saint-Pierre de Nantua. Plus tard, en 884, ses ossements furent ramenés à l’abbatiale de Saint-Denis.
Après la mort de Charles le Chauve, se développe la féodalité, tout en affaiblissant considérablement la puissance carolingienne. Comme tous les souverains carolingiens, il laisse de nombreux capitulaires.
Charles III[1], dit le Simple, né le 17 septembre 8792, mort le 7 octobre 929 à Péronne3, dans la Somme, est roi de Francie occidentale de la fin du IXe siècle et du début du Xe siècle, appartenant à la dynastie carolingienne.
Ce fils posthume et légitime du roi de Francie Louis II le Bègue († le 10 avril 879) et de sa seconde épouse Adélaïde n’est qu’un prince héritier de cinq ans après la disparition des ses frères issus du premier lit royal, Louis III mort en 882 et Carloman II en 884. Il est ainsi facilement écarté du trône par les grands de Francie occidentale. Sa jeunesse ne convient pas aux impératifs de défense en cette période troublée, sous la triple menace nordique, sarrazine et magyare. Le jeune Charles est placé en 885 sous la tutelle de l’empereur Charles III le Gros. Après la destitution et l’abdication de ce dernier, le robertien Eudes, vaillant défenseur face aux Normands de Paris assiégé durant l’hiver 885–886, se fait élire roi en février 888.
Sacré roi des Francs occidentaux le 28 janvier 893 par l’archevêque de Reims Foulques, le jeune Charles ne peut régner sur l’ensemble du royaume qu’à partir de la mort d’Eudes survenue le 3 janvier 898. Il est aussi roi de Lotharingie de 911 à 923. Sous son règne, de puissantes principautés en Flandre, Bourgogne, Aquitaine et France robertienne, adaptées à l’époque troublée, se rendent de plus en plus incontournables et indépendantes. Le pouvoir régalien éprouve d’énormes difficultés à s’imposer en raison des multiples rivalités de pouvoir.
La fin du règne, qui voit la prédominance d’un conseil régalien d’origine lotharingienne, est catastrophique :
Fils posthume de Louis II le Bègue, mort à Compiègne le 10 avril 879 et d’Adélaïde de Frioul, sœur de Wilfrid, abbé de Flavigny, Charles voit le jour le 17 septembre 879. En première noces, Louis II a épousé Ansgarde qui lui a donné deux fils, Louis III et Carloman II. Mais Louis a fait cette union sans le consentement de son père Charles II le Chauve, qui fait casser ce mariage et lui impose d’épouser un meilleur parti, Adélaïde. Cette situation a entraîné des discussions sur la validité de ces deux mariages de la part des contemporains et a permis aux légistes adversaires de la dynastie de mettre en cause la légitimité de la descendance de Louis II.
Selon Richer, c’est Foulques le Vénérable, archevêque de Reims, qui a la charge d’élever Charles dès sa plus tendre enfance. Selon une chronique du XIIIe siècle, il a été confié, comme Louis et Carloman, aux soins d’Hugues l’Abbé.
Trop jeune pour régner, il est exclu du pouvoir après la mort de son demi-frère Carloman II. Les grands du royaume, avec à leur tête Hugues l’Abbé, choisissent alors Charles III le Gros, empereur d’Occident en titre, afin d’assurer la régence du jeune Charles pendant sa minorité. Après la déposition de Charles III le Gros en 887, Charles, qui n’a que huit ans, est encore trop jeune pour monter sur le trône. Les grands élisent alors comme roi de France le puissant marquis de Neustrie, Eudes, comte de Paris qui, en digne fils de Robert le Fort, a défendu Paris face aux Normands durant l’hiver 885–886.
Il est fait mention de Charles pour la première fois en juin 889. Il est alors auprès du comte Ramnulf II de Poitiers, duc d’Aquitaine. Eudes s’étant avancé vers lui avec une armée peu nombreuse pour obtenir sa soumission, Ramnulf se présente à Orléans avec Charles, alors âgé de dix ans. Les deux hommes négocient, et Ramnulf promet de ne pas attaquer Eudes et lui prête un vague serment d’allégeance.
Monarque contesté après de retentissants échecs, Eudes cherche à éviter des complots. Il voit se dresser une conjuration pacifique mêlant l’archevêque Foulques, grand défenseur de la dynastie carolingienne, Richard II de Bourgogne, Guillaume Ier d’Aquitaine, Adémar d’Angoulême et Pépin de Senlis, frère d’Herbert Ier de Vermandois. Les conjurés éloignent Eudes et le persuadent, lors d’un plaid tenu à Verberie en septembre 892, de passer l’hiver en Aquitaine, afin de combattre une révolte menées par les frères de Ramnulf. C’est ainsi que Charles parvient à se faire sacrer roi le dimanche 28 janvier 893 en l’abbaye Saint-Remi de Reims par Foulques, assisté des évêques de Laon, de Châlons et de Thérouanne, en présence d’un grand nombre de seigneurs des pays entre Seine et Meuse. C’est la première fois que le sacre du roi de France est célébré par l’ archevêque dans sa cité de Reims. En octobre 816, Louis le Pieux avait reçu le sacre impérial, mais la cérémonie avait été célébrée par le pape Étienne IV, qui était venu spécialement à Reims.
Eudes réagit face à cette sédition. S’engage alors une lutte pour le pouvoir entre les deux rois, au cours de laquelle Eudes détruit le château d’Épernay et met le siège devant Reims. Les partisans de Charles l’obligent à lever le siège en septembre. Mais cette lutte sans l’appui des grands n’oppose stérilement que les deux partis royaux. Après des pourparlers, une trêve est conclue, jusqu’au jour de Pâques de l’année suivante (31 mars 894). Pendant cette trêve, Foulques tente d’obtenir le soutien du pape et de l’Empereur, en vain.
Au terme de la trêve, Eudes assiège Reims, et contraint Charles à s’échapper secrètement. Charles gagne la Germanie et se rend à Worms, où Arnulf de Carinthie tient un plaid : le jeune prince carolingien obtient l’envoi officiel de troupes pour l’aider à combattre son rival robertien. Toutefois, les chefs de l’armée de secours prétextent l’amitié qui les unit à Eudes et qui unissait leurs pères à Robert le Fort, duc des Francs et des rivages de Francie, abandonnent Charles en cours de route. Charles se réfugie alors en Bourgogne, auprès de Richard. Se posant en médiateur, Arnulf cite les deux rivaux à Worms. Eudes s’y rend et se voit reconnaître par l’Empereur. Au retour, il défait l’ambassade de Charles, emmenée par Foulques. Le parti de Charles s’adresse alors à son cousin Zwentibold, fils d’Arnulf, qui accepte de lui envoyer des secours, mais Zwentibold le trahit, détachant plusieurs seigneurs de sa cause et essayant de conquérir sans succès une partie du royaume d’Eudes.
Dès la trêve de 894, il était évident qu’une négociation diplomatique s’imposait pour mettre fin à cette guerre stérile sous le regard des grands. La reconnaissance des droits d’Eudes par Arnulf justifie une solution négociée par des représentants des deux partis. Hervé, représentant Eudes, mène la négociation en 896 sous l’arbitrage ambivalent de Foulques. En 897, Charles et Eudes concluent l’accord. Selon l’annaliste de Saint-Vaast, un partage du royaume est alors décidé, outre la promesse de la succession au trône à la mort d’Eudes, ce qui devient effectif le 3 janvier 898. De son côté, Charles s’engage à confirmer Robert, le frère d’Eudes, dans son commandement neustrien, aux mains du lignage robertien depuis 886.
Sur son lit de mort le 3 janvier 898, Eudes, fidèle à son engagement, désigne Charles comme son successeur. Charles III reçoit l’hommage des grands du royaume réunis et concède à Robert la libre disposition des comtés neustriens, en plus de son marquisat de Bretagne et de plusieurs comtés entre Seine et Loire. Alors que la Neustrie, terme déjà caduque, disparaît des archives, l’accession au trône de Charles III voit la naissance publique d’une principauté militaire, attribuée aux Robertiens.
Avec cette reconnaissance de sa dignité, le roi Charles met un terme à une jeunesse mouvementée. Mais il doit asseoir sa réputation et donner des preuves d’efficacité royale.
En 898, la Lotharingie entre en révolte contre Zwentibold sous la conduite du comte Régnier. Charles le Simple essaie alors de conquérir le royaume cher à ses ancêtres. Les évêques lotharingiens s’interposent et rétablissent la paix entre les cousins en discorde.
Le 28 décembre 898, avec un petit nombre de soldats, Charles bat dans le Vimeu une bande de Normands qui s’en retourne vers son campement, chargée de butin. Mais la situation échappe souvent au contrôle régalien. La zone d’obédience du rex francorum se limite à une fraction de la Francie entre Seine et Meuse.
Le difficile apprentissage de la fonction royale explique son mariage officiel tardif à Laon, une de ses villes préférées. Il se lie en 16 avril 907, à Frédérune (Frérone), fille du comte lotharingien Thierry II de Rhingelheim et de Rhinghildim de Frise, sacrée le 18 avril à Saint-Remi de Reims par Hervé, archevêque de Reims, il constitue pour elle, le 19 avril au palais d’Attigny, un douaire comprenant le fisc de Corbeny et le palais de Ponthion, avec l’ensemble de leurs dépendances.
En 911, les Vikings assiègent Paris et Chartres. Après une victoire près de Chartres le 28 août, Charles décide de négocier avec le chef normand Rollon. Les pourparlers conduits par l’archevêque de Reims Hervé débouchent le traité de Saint-Clair-sur-Epte. Charles accorde à Rollon et à ses hommes de guerre la terre entre l’Epte et la mer « en alleu et en bien fonds ». Il accorde aussi — après que Rollon a refusé par convention la Flandre — la Bretagne « pour qu’il puisse en vivre ». Un serment prêté unanimement par le roi, les évêques, les comtes et les abbés du royaume garantit à Rollon, ainsi qu’à ses héritiers et successeurs, la possession de la Basse-Seine. En échange, le dux Rollon assure le roi de sa fidélité, qui implique une assistance militaire en vue de la protection du royaume. Rollon avoue ensuite sa bonne amitié, assise sur une alliance chrétienne et matrimoniale, Rollon devant se faire baptiser et épouser Gisèle, une fille de Charles issue d’une liaison ancillaire et illégitime. Ce territoire correspondant à la Haute-Normandie actuelle, avec Rouen, et va s’étendre à l’ouest au fil des conquêtes au delà de l’embouchure de la Seine pour former le duché de Normandie. Le traité de Saint-Clair-sur-Epte met un terme magistral aux invasions par la Seine.
À la mort du roi Louis l’Enfant (21 novembre 911), la Lotharingie sous la conduite de son premier dignitaire margrave, le vieux comte Régnier au Long Col († 915), et du second dignitaire, le comte palatin Wigéric, alliés aux comtes rebelles Gérard et Matfrid, refuse obstinément le successeur conradin de Gebhard au duché de Lotharingie, Conrad. Elle se donne à Charles le Simple, qui accepte avec émerveillement l’offre d’élection royal des deux premiers dignitaires. Désormais, Charles tourne son action vers l’est. Le souverain carolingien investit sa vigueur dans cette riche terre, berceau de ses ancêtres dynastiques. Les actes archivés indiquent qu’il y réside presque tous les ans sur de longues périodes, sauf en 914 et 918, années lacunaires.
À partir de son accession au trône lotharingien, Charles s’appuie sur les parents de son épouse Frérone, qui appartient à une puissante famille lotharingienne, et leur concède des honores (honneurs) pour faire contrepoids aux princes de Francie occidentale : son neveu Ernust, son frère Bovon (Bovo, Beuves), évêque de Châlons et surtout son cousin Haganon, également parent de Gérard de Brogne. À partir de 914, son notaire-chancelier est toujours un Lotharingien, Gauzelin de Toul de 914 à 919, puis Haganon.
Entouré de courtisans et ministres lotharingiens, il rêve de l’ancestrale puissance régalienne. Mais il se brouille vite avec les héritiers des deux principaux dignitaires qui cherchent à asseoir la puissance de leurs principautés territoriales en gestation rapide. Le turbulent princeps Gislebert agit en toute impunité se sachant protégé par son amitié avec le roi saxon, Henri l’Oiseleur.
Charles comprend que les dénis lotharingien et robertien devant sa puissance régalienne prennent leur source à l’est, autant chez les Franconiens et les Souabes que chez les Saxons et les Bavarois. Dans le but de se rapprocher des souverains saxons, il épouse le 10 février 919 Edwige de Wessex.
Il essaye ensuite de faire valoir ses droits à l’Empire, de façon diplomatique puis guerrière. Il est battu à Pfeddersheim, dans le pays de Worms, en 920 par le roi Henri l’Oiseleur. L’insurrection aristocratique qui s’ensuit tourne au drame pour le roi Charles. Mais Hervé archevêque de Reims lève le ban, convoque les fidèles alliés royaux et vient à son secours. Les Saxons, témoins du sauvetage in extremis, sont impressionnés. Rétabli dans son autorité, Charles peut remplacer l’évêque élu de Liège, Hilduin, qui lui est hostile, par Richer, abbé de Prüm, son partisan. Le 7 novembre 921, par le traité de Bonn, les deux souverains se reconnaissent mutuellement.
Charles, impuissant contre les dynasties princières qui se constituent se doit d’imposer à ses partisans une lutte constante. Mais ils sont nombreux ceux qui peuvent défier son pouvoir sans vergogne : Gislebert de Lotharingie, Raoul de Bourgogne, et surtout Robert de France (frère d’Eudes et grand-père d’Hugues Capet).
Jaloux du tout-puissant conseiller Haganon, qu’ils accusent d’« être né de parents obscurs », mécontents des fréquents séjours du roi en Lotharingie, les grands fomentent une révolte, avec à leur tête le Robert, duc des Francs, frère du précédent roi Eudes. Le soulèvement militaire des comtes de Francie et de la France robertienne éclate en 922, quand Charles retire à sa tante Rothilde, fille de Charles II le Chauve et belle-mère d’Hugues le Grand, l’abbaye de Chelles pour la donner à son ministre favori Haganon. Située au cœur des domaines patrimoniaux du marquis Robert, elle échappe ainsi à sa dépendance et constitue un point d’observation et de combat pour « un ennemi haï et méprisé ».
Après des incursions de part et d’autre dans le Rémois, le Laonnais et le Soissonnais, Charles voit son armée dispersée à Laon et doit se réfugier en Lotharingie. Profitant de son absence, les insurgés proclament sa déchéance. L’assemblée improvisée des révoltés élit roi Robert Ier le 29 juin 922, et, sans s’attarder sur le tacite silence du vieil archevêque Hervé moribond, organise son sacré le lendemain, 30 juin, à Reims par Gautier, l’archevêque de Sens.
Après son couronnement, Robert porte la guerre en Lotharingie. Son fils Hugues marche sur le Château de Chèvremont, place forte de leur allié Gislebert de Lotharingie que Charles assiège, et le contraint à lever le siège. Après s’être entendu avec Henri Ier l’Oiseleur sur les bord de la Roer au début de 923, Robert signe avec une fraction des Lorrains une trêve qui doit se prolonger jusqu’en octobre et rentre en Francie occidentale.
Mettant ce répit à profit, Charles lève en hâte de nouvelles recrues et, traversant la Meuse, marche sur Attigny puis, de là, contre Robert, installé à Soissons. Arrivé sur l’Aisne le 14 juin, Charles livre bataille le lendemain, en fin de journée. La bataille de Soissons ne solde pas le conflit. Dans la première phase, Robert Ier est tué dans une charge et un grand nombre de Robertiens sont acculés à une défense au sol. Le fils de Robert, Hugues le Grand, galvanise ses soldats en montrant le cadavre de son père. Les Robertiens s’apprêtent à livrer le combat de l’ultima hora lorsque l’arrivée inopinée des chefs des comtés entre Seine et Flandre, menés par Herbert, beau-frère de Robert Ier, permet une charge de délivrance. Le regain de cette seconde phase oblige les Lotharingiens à une prudente retraite. Les Robertiens hurlent leur joie vindicative sur le théâtre sanglant de la bataille et acclament le duc Raoul de Bourgogne, autre gendre du défunt roi, comme roi et champion de guerre. La bataille est perdue à moindre frais par Charles même si Richer et Folcuin le déclarent vainqueurs, suivis en cela par plusieurs auteurs postérieurs.
Charles fait alors appel à Rollon et à ses Normands, ainsi qu’à ceux des bords de Loire, commandés par Ragnold. Faisant leur jonction sous les ordres de ce dernier, les Vikings avancent jusque sur les bords de l’Oise pour lui porter secours. Toutefois, Raoul se porte à leur rencontre vers ce fleuve avec des seigneurs de Francie, leur barrant le chemin. Charles doit fuir de nouveau en Lotharingie.
Profitant de sa retraite, une partie des grands de Francie occidentale soignent leurs plaies à Soissons. Réunis, ils élisent Raoul de Bourgogne, qui est couronné roi à Saint-Médard de Soissons le dimanche 13 juillet 923 par Gautier, archevêque de Sens.
Soucieux de se protéger des monarques et de se tailler une principauté entre Seine et Flandres, Herbert II de Vermandois attire le roi Charles avec une troupe peu nombreuse dans un guet-apens : il prétend que, détaché en dépit de sa bonne foi du parti carolingien, il veut profiter de l’occasion pour réparer ses torts à son égard. Charles est fait prisonnier d’une manière perfide le 17 juillet 923. Séparé de ses compagnons, il est incarcéré dans le castellum Théodorici (Château-Thierry) pendant quatre ans. Suite à l’incendie de la tour où il est tenu prisonnier, il est transféré dans le château de Péronne (Somme).
Sa seconde épouse, la reine Edwige de Wessex (ou Odgive), fille du roi d’Angleterre Édouard Ier dit Édouard l’Ancien, s’enfuit trouver refuge en Angleterre avec son fils, le futur Louis IV d’Outremer qui hérite de ce refuge salutaire son surnom.
Le roi Charles, prisonnier prématurément vieilli, instrumentalisé par Herbert en quête de principauté, a pu revoir le monde libre. En 927, Herbert II extrait Charles de sa prison en dépit de l’interdiction de Raoul et l’installe dans sa capitale, Saint-Quentin, quelques temps après le concile qu’il avait réuni à Trosly. Herbert déclare à l’envi qu’il le reconnaît à nouveau comme roi. Puis il l’emmène à Eu afin d’y négocier une alliance avec Rollon, demeuré fidèle au souverain carolingien, contre Raoul.
Après avoir mené une expédition dans la France du nord à la tête d’une armée bourguignonne, le roi Raoul finit par s’entendre avec Herbert, auquel il abandonne Laon, ainsi que le Viennois pour son fils Eudes. Puis il rencontre à Reims Charles, auquel il accorde, saisi par l’émotion devant ce visage familier, un revenu, le fisc royal d’Attigny et peut-être de Ponthion. Mais Charles n’en demeure pas moins sous la garde d’Herbert qui amasse les paiements fiscaux pour ses frais de garde et d’emprisonnement[réf. nécessaire]. Désormais inutile, il n’y survit que deux ans. Il meurt le 7 octobre 929 à Péronne au terme de six années de captivité.
Des auteurs ont supposé qu’il serait mort de faim, d’autres qu’il aurait été empoisonné par Herbert de Vermandois, notamment Walter Scott dans son roman Quentin Durward.
Sa dépouille est inhumée au milieu du chœur de l’église Saint-Fursy de Péronne, où il a pour épitaphe: « Hic jacet Carolus Pius Francorum Rex, cuius animàm absoluat omnipotens et misericors Deus. Amen »55. Plus tard, lors de la reconstruction du chœur, le monument est déplacé derrière le grand autel, avec une pierre en losange portant l’inscription: « Ici gist Charles III, roy de France, décédé au chasteau de Péronne, le 7 octobre 929 ».
Après sa déposition, les seigneurs du sud de la Loire ont refusé de reconnaître la royauté de Raoul, continuant à dater leurs actes du règne de Charles jusqu’à son décès, en particulier dans le Languedoc, le Roussillon et le Poitou. Après 929, Raoul est généralement reconnu, même si plusieurs actes continuent à être datés des années de la mort de Charles ou des années de l’« avènement » de son fils Louis IV d’Outremer.
Le comte de Nassau a fait sauter la grosse tour de Péronne, où ont été enfermés Charles le Simple et Louis XI, lors du siège de la ville par les troupes impériales en septembre 1536.
Robert Ier (né vers 860 – mort le 15 juin 923), fils cadet du comte d’Anjou Robert le Fort, il était le frère d’Eudes et fut élu roi de Francie occidentale en 922.
Investi du titre de duc des Francs en 892 par son frère Eudes, ce dernier le nomme à la tête de plusieurs comtés, y compris le comté de Paris et la marche de Neustrie. Robert était également abbé in commendam de plusieurs abbayes. Il ne revendiqua pas la couronne de France quand son frère mourut en 898, mais il reconnut la prétention du roi carolingien, Charles III le Simple, qui, selon Richer de Reims, le confirma duc des Francs. (Cette précoce titulature de “duc des Francs” reste cependant sujette à caution). Robert continua à défendre le nord de la France contre les attaques des Normands.
La paix entre Charles III et Robert dura jusqu’en 921. Le clergé et les nobles s’irritèrent contre le roi Charles III qui favorisait particulièrement le comte Haganon (bien qu’il puisse s’agir d’un prétexte politique).
Avec l’appui des nobles les plus puissants, Robert attaqua le roi Charles qui s’enfuit en Lorraine. Robert fut couronné roi des Francs à Reims par l’archevêque de Sens, Gautier, le dimanche 30 juin 922. Charles rassembla une armée et marcha contre Robert, et le 15 juin 923, Robert fut tué par Fulbert, Faubert, Foubert au cours de la bataille de Soissons. Selon certains comme Adalbert, archevêque de Magdebourg, continuateur de la chronique de Réginon de prüm, Robert périt de la main même de Charles.
Grâce au courage et au sang-froid du fils de Robert, Hugues le Grand, la victoire revint au clan des Robertiens et le roi Charles III ne put récupérer sa couronne. Les grands du royaume élurent alors Raoul, duc de Bourgogne, beau-fils du roi Robert Ier, comme roi des Francs. Il fut sacré le 13 juillet 923.
D’une première épouse nommée Aélis/Adèle du Maine, Robert avait eu :
Il épousa ensuite Béatrice de Vermandois, fille d’Herbert Ier, comte de Vermandois et eut de celle-ci :
Raoul est un membre de la famille des Bivinides. Il est le fils de Richard II de Bourgogne dit Richard le Justicier, duc de Bourgogne et d’Adélaïde de Bourgogne, fille de Conrad II de Bourgogne.
Il est le neveu de Rodolphe Ier de Bourgogne, de Charles II le Chauve et de Boson V de Provence. Sa mère était en effet la sœur du roi Rodolphe Ier de Bourgogne, son père était le frère du roi Boson V de Provence et de Richilde d’Ardennes qui fut concubine et seconde épouse de Charles II le Chauve. C’est le seul roi de France qui ne se rattache pas directement à l’une des trois grandes familles royales franques : les Mérovingiens, les Carolingiens et les Robertiens. Néanmoins, l’hypothèse a été avancée que Raoul pourrait se rattacher agnatiquement à la lignée de Jérôme (fils de Charles Martel) et donc appartenir à une branche collatérale des Carolingiens. C’est cependant lui, beau-frère du robertien Hugues le Grand et gendre du roi (robertien) Robert Ier, qui est élu roi des Francs.
En 921, il succède à son père et devient duc de Bourgogne, comte d’Auxerre, comte d’Autun et d’Avallon, abbé laïc de Saint-Germain d’Auxerre et de Sainte-Colombe de Sens.
Il épouse Emma de France, sœur du duc des Francs Hugues le Grand et fille du roi Robert Ier. Emma est aussi la demi-sœur d’Adèle, l’épouse du comte Herbert II de Vermandois. À la mort de Robert Ier, à la bataille de Soissons le 15 juin 923, les grands du royaume, ne voulant pas rendre la couronne à Charles III le Simple, le choisissent pour roi. En effet, son beau-frère Hugues le Grand a refusé le titre de crainte d’abandonner ses comtés et de perdre ainsi son influence sur les grands. Le 13 juillet 923, Raoul est sacré à Saint-Médard de Soissons.
De son mariage avec Emma de France, il eut un fils nommé Louis, mort en 934.
Pendant les premières années de son règne, Raoul, malgré de réelles qualités, rencontre des difficultés pour se faire reconnaître comme roi par les grands vassaux, d’autant que Herbert II de Vermandois dispose d’un moyen de pression précieux dans la mesure où il retient prisonnier Charles le Simple depuis le 17 juillet 923 et menace régulièrement de le libérer.
En 924, il est contraint de combattre sur les bords de l’Oise les Normands de Rollon que Charles le Simple avait appelés à son secours avant qu’Herbert II de Vermandois ne le fasse prisonnier. Poursuivi jusqu’en Normandie, Rollon demande à négocier la paix ; en échange de l’arrêt de ses incursions, il reçoit l’Hiémois et le Bessin.
Alors que Raoul est retenu dans la France du nord, le 6 décembre 924 à Chalmont, entre Milly-la-Forêt et Barbizon, les comtes Garnier de Sens, Manassès de Dijon, avec les évêques Josselin de Langres et Ansegise de Troyes, infligent une sévère défaite à Ragenold de Nantes, autre chef viking qui, après s’être aventuré jusqu’en Bourgogne, se retirait vers le nord chargé de butin.
Au cours de l’été 925, Raoul réussit à rassembler une grande armée pour combattre les Normands qui ont une nouvelle fois rompu la paix. Avec l’aide d’Herbert II de Vermandois, d’Helgaud de Ponthieu, d’Arnoul Ier de Flandre et de son frère Adalolphe de Boulogne, il obtient à Eu une grande victoire qui fait de nombreuses victimes dans les rangs ennemis. Mais l’année suivante, les Normands mettent à mal l’ost royal à la bataille de Fauquembergues sur l’Aa, près de Thérouanne, entre Saint-Omer et Montreuil-sur-Mer. Au cours de cette bataille, tandis que le comte Helgaud de Ponthieu est tué, Raoul est si grièvement blessé qu’il est contraint de fuir les combats et de regagner Laon. Les vainqueurs ont le champ libre pour piller le pays jusqu’aux frontières de la Lorraine.
Après la mort du comte Roger Ier de Laon survenue en 926, Herbert II de Vermandois revendique le comté laonnois pour Eudes, son fils aîné. Il s’y établit contre la volonté initiale de Raoul qui finalement cède dans la crainte qu’Herbert II de Vermandois ne libère Charles le Simple qu’il retient toujours prisonnier à Péronne. Cette crainte disparaîtra le 7 octobre 929, jour qui voit la mort de l’ex-roi Charles le Simple après plusieurs années de captivité.
En 930, Raoul reçoit l’hommage de Guillaume Longue Epée qui a succédé à Rollon, son père. Il doit cependant pour cela lui octroyer le Cotentin. Cette même année, Herbert II de Vermandois s’empare du château de Vitry-en-Perthois appartenant à Boson, frère cadet du roi Raoul. Ce dernier s’allie alors avec son beau-frère Hugues le Grand pour combattre Herbert II de Vermandois. En 931, ils pénètrent dans Reims et en chassent l’archevêque Hugues, fils d’Herbert II de Vermandois. Herbert II de Vermandois est obligé dans un premier temps de rendre Vitry, Laon, Château-Thierry et Soissons, mais recevant de l’aide d’Henri Ier de Germanie, il ravage la région autour de Reims et de Laon. Finalement et en échange de sa soumission, Raoul lui rend ses domaines, sauf Reims, Château-Thierry et Laon.
En 935, il met en déroute un autre envahisseur venu de l’Est, les Hongrois qui font leur apparition en Champagne et en Bourgogne. À partir de cette date, le royaume sera temporairement épargné par les invasions.
Le 15 janvier (le 2 après les ides de janvier) 936, après treize ans de règne difficile, le roi Raoul, malade depuis l’automne 935, meurt à Auxerre, atteint de pédiculose corporelle, « prolifération de poux, de morpions et de vermines sur tout le corps ». Il est inhumé dans l’église abbatiale de Sainte-Colombe près de Sens. N’ayant pas d’enfant en mesure d’hériter, c’est son frère, Hugues le Noir, qui lui succède à la tête du duché de Bourgogne. Pour la même raison, à la mort de Raoul, Hugues le Grand fait appel à l’héritier légitime de la dynastie des Carolingiens, Louis IV d’Outremer. Ce dernier, une fois réinstallé sur le trône, donne à Hugues la confirmation de ses charges et le titre de duc des Francs. Hugues le Grand renonce donc à briguer le trône pour lui même, n’ayant alors pas d’enfant ou de frère à qui confier ses honores et ses possessions : devenir roi serait s’affaiblir. Une autre hypothèse, pas contradictoire, est d’éviter l’opposition d’autres grands seigneurs du royaume, en particulier Hugues le Noir et Herbert II de Vermandois.
Louis IV dit d’Outremer (10 septembre 920 ou 921– 10 septembre 954, Reims), fils de Charles III le Simple et d’Edwige de Wessex, est un roi des Francs (936–954) de la dynastie carolingienne.
Après la déchéance en 922 de son père le roi Charles III le Simple, sa mère et le prince Louis, âgé de deux ans, se réfugient en Angleterre (d’où son surnom d’Outremer), à la cour de son grand-père maternel Édouard l’Ancien, puis à celle de son oncle Æthelstan, rois de Wessex. Devenu l’héritier carolingien par la mort en captivité de Charles III (929), il est rappelé d’Angleterre par le puissant marquis de Neustrie Hugues le Grand afin de succéder au roi Raoul mort au début de l’année 936, laquelle marque alors le retour de la dynastie carolingienne.
Son règne riche en rebondissements nous est avant tout connu par les Annales de Flodoard puis plus tardivement par les Histoires de Richer de Reims. Une fois au pouvoir, Louis d’Outremer souhaite s’éloigner de Hugues le Grand devenu duc des Francs et seconde personnalité du royaume après le roi. Dans un premier temps il se lance à la conquête de la Lotharingie (939). Cette expédition est un échec et son beau-frère Otton Ier ne tarde pas à le soumettre en assiégeant la cité de Reims (940). Dans un second temps, après la mort du comte des Normands Guillaume Longue Epée, Louis IV tente de prendre à son compte le gouvernement de Normandie mais il est kidnappé par les hommes de Hugues le Grand (945).
Le concile d’Ingelheim (948) permet l’excommunication du duc des Francs et la libération définitive de Louis IV. À partir des années 950, le roi s’impose progressivement dans le Nord-Est de son royaume en tissant de nombreuses fidélités (notamment avec les Vermandois) sous la nouvelle protection ottonienne. Il meurt accidentellement d’une chute de cheval entre Laon et Reims en 954.
Fils de Louis IV d’Outremer et de Gerberge de Saxe, il succède à son père, et est sacré le 12 novembre 954 à l’abbaye Saint-Remi de Reims par l’archevêque Artaud.
Suivant la volonté de son père qui l’avait associé au trône en 952, Lothaire écarte de la succession son jeune frère cadet Charles né au cours de l’été 953. En juin 977, ce dernier est exilé par son frère. Sans preuve, il aurait accusé son épouse Emma d’entretenir une relation d’adultère avec l’évêque de Laon, Adalbéron dit Ascelin. Réfugié à la cour de l’empereur Otton II de Germanie, son cousin, celui-ci le fait duc de Basse-Lotharingie.
Il règne sous la tutelle d’Hugues le Grand duc des Francs mais aussi sous celle de son oncle l’archevêque Brunon de Cologne. Malgré sa jeunesse, il a quatorze ans, Lothaitre veut régner seul et asseoir son autorité envers ses vassaux.
Afin de lui permettre de revendiquer l’empire, Lothaire envisage de prendre le contrôle de la Lotharingie, berceau des Pippinides. Pour ce, au début de janvier 985, il envahit le duché, assiège Verdun au mois de mars et fait plusieurs prisonniers : le comte Godefroy Ier (frère d’Adalbéron de Reims), Frédéric (fils de Godefroy Ier), Sigefroid de Luxembourg (oncle de Godefroy) et Thierry, duc de Haute-Lotharingie (neveu d’Hugues Capet).
Plaque commémorative située dans la basilique Saint-Remi de Reims. Des noms de souverains français y figurent.
Revenu à Laon, il contraint l’archevêque de Reims de tenir une garnison à Verdun pour empêcher la ville d’être reprise par les Ottoniens. Il l’oblige aussi à écrire aux archevêques de Trèves, Mayence et Cologne qu’il est le fidèle du roi carolingien.
Lothaire finit par se douter que l’archevêque de Reims, favorable aux Ottoniens et à Hugues Capet, joue un double jeu. Lorsqu’il lui demande de détruire les fortifications qui entourent le monastère Saint-Paul de Verdun. Adalbéron refuse en prétextant que ses soldats, affamés, ne sont plus en mesure de garder la ville. Furieux, Lothaire veut le traduire en justice afin de le condamner. Il convoque une assemblée à Compiègne pour le 11 mai 985, sous prétexte que l’ecclésiastique avait placé son neveu Adalbéron sur le siège de Verdun sans son consentement. Alerté, le duc Hugues Capet marche sur Compiègne avec six cent hommes et disperse l’assemblée. Lothaire ne peut se permettre une guerre ouverte avec Hugues Capet car il se retrouverait pris entre deux fronts. Il fait donc libérer les Lorrains qu’il retient prisonniers, mais Godefroy Ier préfère rester en prison plutôt que de céder Mons, le Hainaut et Verdun, de plus son fils serait exclu de l’évêché. Par contre, le duc Thierry, neveu d’Hugues Capet, est libéré.
Lothaire envisage alors d’attaquer Cambrai, ville d’empire mais dépendant de l’archevêché de Reims. Il pense que l’évêque Rothard pourrait livrer la ville contre sa nomination comme archevêque de Reims et Liège dont l’archevêque Notger a finalement rallié les Ottoniens, mais il meurt subitement à Laon le 2 mars 986. Il est inhumé à Saint-Remi de Reims.
Né en 982, à Vieux-Brioude, (Haute-Loire, entre Clermont-Ferrand et le Puy), son père lui fait épouser Adélaïde d’Anjou, qui a presque vingt ans de plus que son fils. Sœur de Geoffroy Grisegonelle et de l’évêque du Puy Guy d’Anjou, Adélaïde, aussi appelée Blanche, est la fille du comte d’Anjou, Foulque II le Bon. Déjà veuve par deux fois, elle a épousé une première fois le comte de Brioude, Étienne de Gévaudan, puis Raymond, comte de Toulouse. Cette union est éphémère : la trop grande différence d’âge et les débauches du jeune époux sont la cause de leur divorce deux ans plus tard.
Le dimanche de Pentecôte 8 juin 979, son père Lothaire l’associe au trône, et le fait couronner à l’abbaye Saint-Corneille de Compiègne par Adalbéron, archevêque de Reims. Son père décédé (le 2 mars 986), Louis V, a seulement le temps de convoquer une assemblée de Francs à Compiègne. Celle-ci doit juger l’archevêque de Reims Adalbéron, qui a soutenu Otton II dans sa querelle contre Lothaire. Or, la veille de la réunion, le 22 mai 987, Louis V meurt d’une chute de cheval lors d’une partie de chasse sur les terres d’Hugues Capet dans la forêt d’Halatte près de Senlis. Il est inhumé en l’abbaye Saint-Corneille de Compiègne.
L’assemblée qui se réunit au mois de juin suivant à Senlis choisit un nouveau roi en élisant Hugues Capet, fils aîné d’Hugues le Grand.
Mort sans héritier, Louis V est le dernier roi de la lignée des Carolingiens. Son surnom de Louis V “le Fainéant” ne tient pas de son inactivité ou de sa paresse, mais bien de la très courte durée de son règne. Il mérite d’autant moins ce honteux surnom qu’il donna des preuves de courage et d’activité au siège de Reims, et que pendant la courte durée de son règne il n’eut pas un seul instant de repos.
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Nos grosses têtes ne résoudrons pas mieux ce problème….
Extrait d’une conversation entre Colbert et Mazarin sous LOUIS XIV :
Colbert: Pour trouver de l’argent, il arrive un moment où tripoter ne suffit plus.
J’aimerais que Monsieur le Surintendant m’explique comment on s’y prend pour dépenser encore quand on est déjà endetté jusqu’au cou…
Mazarin : Quand on est un simple mortel, bien sûr, et qu’on est couvert de dettes, on va en prison. Mais l’Etat… L’Etat, lui, c’est différent. On ne peut pas jeter l’Etat en prison. Alors, il continue, il creuse la dette ! Tous les Etats font ça.
Colbert : Ah oui ? Vous croyez ? Cependant, il nous faut de l’argent. Et comment en trouver quand on a déjà créé tous les impôts imaginables ?
Mazarin : On en crée d’autres.
Colbert : Nous ne pouvons pas taxer les pauvres plus qu’ils ne le sont déjà.
Mazarin : Oui, c’est impossible.
Colbert : Alors, les riches ?
Mazarin : Les riches, non plus. Ils ne dépenseraient plus.
Un riche qui dépense fait vivre des centaines de pauvres.
Colbert : Alors, comment fait-on ?
Mazarin : Colbert,tu raisonnes comme un fromage (comme un pot de chambre sous le derrière d’un malade) ! Il y a quantité de gens qui sont entre les deux, ni pauvres, ni riches….
Des Français qui travaillent, rêvant d’être riches et redoutant d’être pauvres ! C’est ceux-là que nous devons taxer, encore plus, toujours plus ! Ceux là ! Plus tu leur prends, plus ils travaillent pour compenser…
C’est un réservoir inépuisable.
Extrait du “Diable Rouge” d’Antoine Rault.
Le mot “hérésie” provient du grec αἵρεσις / haíresis, qui veut dire choix.
L’hérésie est donc le choix philosophique, dogmatique ou gnostique dans une même religion. La traduction latine en est secta, secte. L’Antiquité n’attache pas de valeur péjorative à ces termes.
Dans le contexte antique, la religion étant plus rituelle que dogmatique, l’haíresis n’a pas l’aspect dramatique que revêtira l’hérésie chrétienne.
Toutefois, ces dogmes ne revêtent pas la même importance dans toutes les religions, ce qui explique différentes attitudes par rapport à l’hérésie.
La valeur péjorative est née en milieu chrétien avec les premières controverses théologiques dont témoignent Justin de Naplouse et Irénée de Lyon qui ont écrit “contre les hérésies” au IIe siècle.
Sources Wikipédia.
Cette expression a une origine militaire.
Lorsqu’on tirait un coup de feu sur quelqu’un de très près, à bout portant, on lui brûlait le pourpoint (vêtement masculin qui couvrait le torse, utilisé entre le XIIIe et le XVIIe siècle).
Cette métaphore utilise d’abord l’idée d’efficacité (pour tuer quelqu’un , plus on est près, plus on a de chances de réussir) puis de soudaineté, de surprise (pour pouvoir tirer à brûle-pourpoint sur quelqu’un, il faut le surprendre)
Cette expression est d’origine littéraire.
Artaban est ici un personnage important d’un énorme roman, une épopée historique (12 volumes, 4153 pages), intitulé Cléopâtre et écrit par Gautier de la Calprenède (Lien externe) au milieu du XVIIe siècle.
Du succès de ce roman à l’époque n’est resté que la fierté et l’arrogance de son personnage, la sonorité de son nom ayant probablement aidé à la conservation de l’expression.
Un pou est-il orgueilleux ? Personne n’a dû chercher à le savoir ou à lui poser la question avant de tenter de s’en débarasser.
Par contre, on sait que le coq a une posture fière.
Or pou est une forme dialectale de l’ancien français pouil, poul, venu du latin pullus qui voulait dire coq ou poulet.
Proverbe dont on trouve les premières traces au XIIIe siècle et qui serait tiré du latin médiéval.
Selon certains, ce proverbe viendrait d’une déformation progressive de la traduction de l’expression latine de Plutarque ‘barba non facit philosophum’ qui signifiait ‘la barbe ne fait pas le philosophe’.
D’autres disent qu’il aurait pour origine un fait historique : en 1297, pour réussir à s’emparer par la ruse de la forteresse bâtie sur le rocher monégasque, François Grimaldi et ses compagnons d’armes se sont déguisés en moines franciscains, fait rappelé sur les armoiries de Monaco (Lien externe).
Enfin, peut-être faut-il simplement voir une certaine ironie dans cette expression.
En effet, lorsqu’elle est apparue, les moines de l’époque étaient bien loin de suivre leurs préceptes. N’hésitant pas à accumuler des biens, à ripailler, à courir la gueuse ou à trucider à tout-va dans les batailles, ils avaient un comportement très éloigné de celui que leur tenue aurait pu laisser supposer.
Ainsi, un brigand désireux de détrousser un moine en le supposant faible, pouvait tomber sur bien plus fort et rusé que lui.
Avant la Révolution, on faisait s’asseoir le présumé coupable sur un petit tabouret très bas, ‘la sellette’.
Celle-ci pouvait être recouverte d’un tapis quand l’accusé était une personne de haut rang.
La petite taille du banc obligeait à une posture jugée d’autant plus humiliante qu’on y paraissait les fers aux pieds.
Aujourd’hui, pour faire des calculs, les opérations posées sur une feuille de papier nous semblent d’une totale évidence.
Mais avant que les chiffres arabes et le système décimal ne deviennent d’usage courant, les montants monétaires étaient calculés selon la méthode du “jet”, sur des planchettes où étaient tracées des colonnes (correspondantes aux deniers, sols, livres…) dans lesquelles on posait et accumulait des jetons pour faire des totaux.
Ces jetons ayant parfois l’apparence de vraies pièces, certains tentaient de s’en servir comme telles auprès des personnes simples, d’où l’expression “faux comme un jeton”.
Une merveille, un trésor, une perle rare, le ”Royaume oublié” est un coffret audio contenant trois cd et un livret traduit en six langues. Une oeuvre rare produit de la collaboration de Jordi Savall, de Montserrat Figueras, d’Anne Brenon, de la Capella Reial de Catalunya, d’Hesperion XXI, de Pascal Bertin, Marc Mauillon, Lluis Vilamajo, Furio Zanasi.
Cette évocation sans équivalent de la tragédie cathare occitane, toute en finesse, mêle le propos des troubadours du temps, les chants d’Hildegarde de Bingen, chants spirituels et danses arabo-andalouses.
Date et lieu d’enregistrement : avril, juin, juillet et août 2009 à la Collégiale de Cardona (Catalogne), à la Chapelle Nôtre Dame de Bon.
Il faut écouter et lire cette oeuvre majestueuse, à tout prix !
prix fnac 42 euros, 35 euros sur le site www.alia-vox.com.
Alia Box. Musiques éternelles et sublimes…
Revue de vulgarisation scientifique, obligatoire dans toutes les bonnes maternelles et université !
Des gants de grande tenue…qualité et fiabilité !